Protais LUMBU 2 : Yeux, oreilles et bouche de la population de Tanganika (1975 – 1977) (suite Chapitre 3, sous section 12)

Protais LUMBU 2 : Yeux, oreilles et bouche de la population de Tanganika  (1975 – 1977) (suite Chapitre 3, sous section 12)

19 Juin, 2014

Protais-LUMBU3

Dans cet ouvrage aussi autobiographique que le précédent est retracé en cinq chapitres, la personnalisation de l’auteur en « yeux, oreilles et bouche de la population » tant pendant ses vacances parlementaires de décembre 1975 et janvier 1976, qu’en sa défense de la jeunesse lors de l’audience accordé par le Président de la République à la JMPR/CVK le 05/02/1976 et enfin en l’exigence avec ses collègues parlementaire du bon comportement des autorités des forces armées dans le district de Tanganyika.

Sous Section 12. MA VISITE DANS LA COLLECTIVITE DE MAMBWE  DU  17 AU 20/01/1976.

 Paragraphe 1er   L’IMPLICATION PERSONNELLE DU COMMISSAIRE DE  ZONE ASSISTANT LOMBOTO.

            Tout a failli se compliquer ce 17 janvier 1976 n’eut été la détermination du Commissaire de Zone Assistant de me voir poursuivre ma tournée.

             En effet, malgré les précautions et les avertissements faits à mon retour de Sola pour la conservation du carburant que j’avais moi-même acheté, un inconnu avait soutiré la presque totalité de la quantité conservée, me mettant par le fait même dans l’impossibilité de réaliser mon programme.

             J’alertai les Commissaires de Zone qui se débattirent pour trouver une solution à telle enseigne que le nouveau Commissaire de Zone Assistant, le Citoyen LOMBOTO EMPOPO se chargea lui-même de contacter Monsieur KOSTA des Ets. LUALABA. Celui-ci remplit le réservoir du Land Rover.

             Je reçus comme escorte deux gendarmes et deux éléments de la brigade disciplinaire de la JMPR.

             Le dirigeant adjoint de la JMPR chargé de la brigade disciplinaire fut délégué par la Zone pour m’accompagner. Mon Secrétaire particulier ILUNGA MUKUBO LUBAMBULA continuait à m’assister et MASIMANGO complèta ma suite.

 Pour atteindre Makutano, le passage par Mbulula était obligatoire.   J’y avais été salué par les autorités de collectivité et même par mes parents.

 

Paragraphe 1er  MON  SEJOUR A MAKUTANO.

            Nous arrivâmes à Makutano tard dans l’après midi et la mobilisation était sans pareille. Dans un ton de tristesse, tout le monde chantait « MOBUTU hee, Hii, Venez voir MAMBWE où les enfants pleurent ». Mon émotion était grande à la vue de la quasi totalité des hommes, arcs et flèches dans les mains !

           La situation n’était pas encore bonne depuis la dernière invasion des hommes de KABILA à Makutano ! Le Commissaire de Zone m’avait demandé  de ne pas y passer la nuit.

            Je tenais cependant à tout défier ! Comme il y avait des gens, j’avais décidé d’y passer la nuit et tenir toutes mes séances du travail, quel que soit le danger encouru.

Ne serait-ce pas une façon de reconforter ces militants et leur démontrer que nous étions avec eux dans le malheur ?

Le programme suivant me fut présenté :

 

 MOUVEMENT POPULAIRE DE LA REVOLUTION

REGION DU SHABA

S/REGION DU TANGANIKA

ZONE DE KONGOLO

COLLECTIVITE DE MAMBWE.

 

PROGRAMME

 17 janvier 1976 :

–         Réception

–         Mobilisation

–         Animation

–         Présentation Chef de collectivité

–         Discours du Citoyen Commissaire du Peuple

–         Visite Mission Makutano, Champ du Parti et celui de la Mission

–         Dîner

–         Suite de l’animation

–         Danse mpuita

–         Danse balubwila.

18 janvier 1976                                          19 janvier 1976

–         Kibumbu                                           – Zola

–         Kalungo                                           – Kashenga

–         B/Pyana                                            – Ba/Luamba

–         Kitendo                                             – Yenga

–         Pungu                                                 – Kisiki

–         Milenge                                            – Kiya

–         Masanza                                           – Katanda Mulenda Nghombe

–         Kenya                                                – Luhundu

–         Kasaji                                                   – Mulilo

–         Rassemblement à Kasawa             – Rassemblement à B/Lwamba (Zola)

–         4 représentants des F.A.Z. sont aussi invités à cette rencontre.

            

Fait à Makutano, le 17 janvier 1976.

Le Chef de Collectivité,

Sé/MULUMBA TAMBWE.

 

AUDIENCE, LE 17 JANVIER 1976.

 17/01/1976 :

1. – Babanzi                                     7. – Cultivateurs

2   – Juges                                    8. – Enseignants

3– Commerçants                            9. – Chef de collectivité

4– Vieilles mamans                      10.- Employés de la collectivité

5 – Police                                          11.- Dirigeant de la JMPR : SIMUKO

  6– J.M.P.R. (un délégué)

 Au programme me présenté, j’ajoutais un point pour le 19 janvier 1976 ; la visite de l’école primaire et du C.O. et conférence en l’intention de la jeunesse (6ème  et 5ème).

            Vint alors au cours d’un rassemblement populaire, ma présentation à la population par le Chef de collectivité ad interim suivie de ma réplique.

 

a)   LE RASSEMBLEMENT POPULAIRE

 CHEF COLL. : Je vous présente le Citoyen LUMBU MALOBA NDIBA, Commissaire du Peuple que nous avons élu, il est cinquième sur la liste.

COMPEUPLE : Chers frères, en premier lieu, je voudrais vous apporter les salutations du Président-Fondateur du Mouvement Populaire de la Révolution, Président de la République, MOBUTU SESE SEKO KUKU NGBENDU WA ZA BANGA. Ensuite, j’aimerais vous dire que tout ce que le Chef vient de vous informer est juste. Je suis réellement le 5ème de la liste des candidats qui vous avait été présentée. Le Président-Fondateur nous a délégués pour venir vous voir, je suis donc la bouche, les yeux et les oreilles de la population. Je ne suis pas seulement de Kalemie ou de Kongolo, mais bien de tous nos villages et dans ce cadre, j’ai appris depuis Kinshasa que la collectivité de Mambwe se trouverait dans des misères. J’ai alors fait tous mes efforts afin que je vienne constater moi-même. Il n’y a pourtant pas assez du carburant à Kongolo mais j’ai tout fait pour en obtenir. On m’a aussi dit que la situation de Makutano n’étant pas encore bonne en ce qui concerne la sécurité, je ne devais pas y faire longtemps et surtout je ne pouvais pas y passer la nuit. Mais je vous informe que je passerai aujourd’hui la nuit ici à Makutano et si les hors-la loi venaient nous attaquer cette nuit, nous les combattrons ensemble.

Je vous prie donc de venir me donner toutes les informations sans crainte et je vous remercie beaucoup pour une mobilisation aussi gigantesque que vous avez faite alors que je pensais que mon arrivée tardive ne vous permettra pas de rester aussi forts. Merci beaucoup.

La lettre ci-dessous contenant les doléances de la population fut lue :

 

                                                                       Makutano, le 17 janvier 1976.

Citoyen Commissaire du Peuple,

            Nous sommes très contents de votre arrivée dans la collectivité de Mambwe et de constater que vous êtes le premier Commissaire du Peuple qui est arrivé depuis l’accession de notre pays à l’indépendance, en 1960, nous vous remercions beaucoup pour cela. Notre joie est grande, car vous êtes arrivés quand nous sommes plongés dans d’énormes difficultés que nous allons vous retracer.

1°) Le nom de « MULELE » qu’on a surnommé à tout Muina-mambwe nous afflige et nous cause de  la honte. Le muine-mambwe n’est pas muléliste. Les mulélistes sont de l’autre côté de Luika, les mulélistes n’ont pas des maisons, il n’y a pas de routes chez eux. Nous avons demandé aux militaires de venir nous aider, mais ils ne font rien depuis 3 ans maintenant et nous avons commencé la 4è année.

            Donc, comme nous avions demandé l’intervention de nos militaires, nous avions mal fait ? Au lieu de se battre contre les mulélistes, ils ne font que faire souffrir les bena mambwe,  nous battre, attraper nos chèvres, nous faire faire travailler dans la terre de Bahombo, la zone de Kabambare, nous faire par la force porteurs et tout cela ils le font parfois et chaque jour sans l’autorisation de notre chef de collectivité. Toutes ces difficultés sont aussi ressenties par le chef de collectivité lui-même parce qu’il n’est pas compris, même les litiges susceptibles d’être jugés par notre tribunal, reviennent maintenant à leur compétence. Et tout cela, pour qu’ils puissent avoir des chèvres et de poules sans l’autorisation de nous les autochtones. Pour toutes ces souffrances, nous implorons afin que vous fassiez tous vos efforts pour que nous ayons nous-mêmes de fusils qui nous permettront d’aller nous battre nous-mêmes et si c’est possible, nous vous prions de faire en sorte que les nouveaux soldats nous soient envoyés.

 2°) Dans toute la collectivité de Mambwe, il n’y a pas un médecin, et les gens meurent comme des bêtes, tout cela parce que nous sommes des mulélistes ?

3°) Dans la collectivité il n’y a pas une école sérieuse, et nos enfants souffrent beaucoup pour trouver une place dans une école.

4°) On n’achète pas à temps notre coton et pourtant on nous oblige de cultiver malgré la présence des invendus

5°) Nous souhaitons une agriculture mécanisée et pour cela nous vous demandons de  demander pour nous des tracteurs auprès du Commissaire d’Etat à l’Agriculture.

6°) Nous demandons aussi une benne pour l’entretien de nos routes.

             Je me retirais ensuite dans une paillotte où j’accordais audience aux personnalités prévues dans le programme ci-dessus. Le capitaine SWANA était à mes côtés jusqu’au moment où je reçus une note dans laquelle on m’informait que la présence du capitaine dans la paillotte gênait un bon nombre de militants qui avaient des problèmes à m’exposer.

             Je priai au capitaine et à tous les militaires qui montaient la garde à la porte de la paillotte de me laisser seul et accordai audience aux personnes suivantes.

 

b)   L’ACCORD DES AUDIENCES AUX PERSONNALITES PREVUES.

-Audience accordée au citoyen MAZOMENA (remise d’une note dont le contenu suit).

 LES DOLEANCES DE COMMIS C.L. DES BENA-MAMBWE, PAR MAZOMENA KABIYA AUNGE, GREFFIER DU TRIBUNAL DE COLLECTIVITE DES BENA-MAMBWE.

             1°) Arrivée tardive des acquits C.P.M.

            2°) Problèmes des arriérés des Agents de  la collectivité MAMBWE

            3°) Manque de recyclage pour les commis, et nous attester sur papier de  Cette formation.

                 Dans l’enseignement on fait le recyclage et pourquoi pas     dans  les collectivités ?.

                -manque d’un numéro matricule à Kinshasa.

            4°) Manque d’un véhicule pour la collectivité aux fins de faciliter les  Déplacements.

            Nous vous prions de voir et revoir nos difficultés ci-dessus !

                                                            Makutano, le 17 janvier 1976.

 

-Au citoyen KININI MUHIYA (Chef  de localité Kibuni).

Ici dans la collectivité de Mambwe, nous sommes fatigués, on nous a surnomés Mulélistes alors que les mulélistes sont dans la brousse de l’autre côté de la Luika, les gens de Vumba. Nous, nous sommes devenus pauvres, nos enfants ne sont plus à l’école, des gens meurent comme des bêtes alors que nous des bena-mambwe nous sommes normalement des hommes forts. Maintenant nous sommes même incapables de cultiver, on nous appelle muléliste, comment alors nous avions demandé l’intervention des soldats ? Qu’on nous donne des armes pour que nous combattions nous-mêmes et nous sommes sûrs que nous les chasserons ! Nous restituerons ces armes après, nous regrettons beaucoup de rester si pauvres pendant que nos collègues travaillent.

CHEF DE COLL. A.I. (TAMBWE) : Le Colonel se permet d’envoyer les militaires pour arracher  les poules, les chèvres voire même les femmes, dans les villages, les habitants sont très mécontents. Maintenant c’est grâce à moi qu’il y a la tranquillité, car je suis très vigilant, vous n’allez pas me tromper, je parle le swahili, français, lingala, tshiluba et l’anglais. Je suis capable de faire de bonnes choses.

La population que vous voyez a peur des militaires et non pas des mulélistes. Nous demandons la collaboration de militaires mais ces derniers ne nous comprennent pas.

 -Au citoyen BEYA wa BEYA :

Nous vous remercions beaucoup pour votre arrivée et c’est la toute première fois que nous recevons un Commissaire du Peuple. Nous avons les difficultés de deux côtés ; mulélistes et F.A.Z., les militaires ont dit que le jour qu’ils quitteront ici, ils vont brûler les maisons : le 2 janvier 1976 nous avons été informés que le premier sergent MUMBA demande l’aide de la population car les mulélistes étaient arrivés à Masanza.

Nous avons mobilisé 500 personnes et lorsque nous sommes arrivés là-bas, nous avons été arrêtés parce qu’il n’y avait rien. Après quelques enquêtes, nous avons arrêté les auteurs du faux bruit. Maintenant nous sommes très vigilants. Nous vous demandons d’aller informer que nous sommes des révolutionnaires, militants du M.P.R. Nous nous plaignons aussi de la hausse exagérée du prix qui nous met dans l’impossibilité d’acheter un article de notre choix.

 -Au citoyen SANGWA BAR :

Nous les Bena-Mambwe nous sommes victimes de notre gentillesse.

Nos collègues de Kagulu ont fui de chez eux et nous les avons accueillis. Nous avons été pourtant combattre à Kitengetenge sous le règne du chef SIMUKO contre le cartel. Nous avons été nous battre dans la collectivité de N’kuvu contre les mulélistes, nous avons été nous battre dans la collectivité de Nyembo à Mbulula contre les mulélistes. Notre dirigeant actuel SIMUKO nous forme dans la vigilence et si jamais on le rappelait à Kongolo, il y aura de nouveau du désordre. On ne peut pas compter que sur les militaires car alorsqu’ils sont à Zongwe, les mulélistes sont arrivés à Makutano. Nous nous sommes demandés comment cela ?

 -Au citoyen MIZANZA L. (Dirigeant de la localité Kiziba) :

Je suis très content de vous voir.  Nous avons énormement des difficultés. Le chef de collectivité vous les a exposées. Et nous espérons que vous serez notre interprète fidèle. Nous ne voulons pas qu’on nous appelle muleliste. Quand dans le cadre de vigilence, vous informez aux militaires sur l’arrivée de mulelistes, les militaires suivent un peu les traces et puis, s’ils ne les voient pas, ils rentrent et  s’attaquent   à vous l’informateur.

Toutes nos chèvres nous sont arrachées. On a arraché même une femme de BUYOVU à son mari. Les militaires cherchent à m’arrêter, parce que je leur avais un jour  informé de l’arrivée éventuelle des mulelistes.

COMPEUPLE : (S’adressant au dirigeant). Où contrôle le capitaine SWANA ?

DIRIGEANT : Il contrôle MASANZA et MABOKE. C’est un bon élément, mais ce sont ses inférieurs qui ne sont pas bons et parmi eux, quelques-uns sont nuisibles.

COMPEUPLE : Pouvez-vous me citer quelques noms de ces éléments nuisibles ?

DIRIGEANT : Je ferai mes efforts pour connaître les noms. Je suis moi-même un grand ami des militaires. Mais je vous assure que c’est grâce au Citoyen KABALO SIMUGANZA, dirigeant actuel de la collectivité que nous sommes en paix ces jours.

COMPEUPLE : Que vous disent les militaires ?

DIRIGEANT : Citoyen CommiPeuple, TSHANDANDA déshabille les gens, arrache les bêtes, il est à Maboke. Nous sommes contents d’être protégés par des militaires mais nous avons énormément des difficultés. Cinq personnes avaient été enlevées par les mulélistes, j’étais moi-même vigilant et j’ai vu la piste par laquelle ils sont passés et j’ai dit ça aux militaires. Nous avons suivi les traces mais après trois heures les militaires étaient fatigués et se sont retournés contre moi.

 COMPEUPLE : Ces mulélistes qui ne sont pourtant pas bien armés, que suivent-ils ?

DIRIGEANT : Ils viennent pour voler, la solution serait d’aller les chasser dans leurs villages, c’est pour cela que nous vous demandons qu’on nous envoie des fusils et nous allons appeler nous-mêmes nos frères de Nyembo et de N’kuvu pour aller les combattre.

 -A la citoyenne MWAZI MUZY MWANGE :

 Moi je viens confirmer ce que disent les hommes, c’est vrai. Les hommes souffrent, ils dorment dehors en montant la garde. Les troubles continuent et un militaire avait été tué il n’y a pas longtemps. Nous sommes devenus très pauvres, nous n’avons pas de médicaments. Nous n’avons absolument rien. La demande des hommes en ce qui concerne leur armement est fondée. Il faut mettre une fois pour toute fin à la rébellion. Si vous nous abandonnez, nous serons exterminés.

COMPEUPLE : Les militaires ne vous gardent-ils pas bien ?

MWAZI MM. : Ils montent la garde bien sûr mais nous n’avons pas la paix, nous avons nous-mêmes repoussés les mulélistes en 1964. Si l’Etat pouvait armer les hommes de notre collectivité, cette rébellion aurait pris fin. Mes biens ont été pillés lorsque je me trouvais à Lubumbashi. Les militaires arrachent les femmes mariées même en présence de leurs maris.

COMPEUPLE : Connaissez-vous une femme qui a été arrachée de cette manière ?

MWAZI MM. : Dans le village de Mbwembwe, la femme s’appelle BITI. Une autre femme ici même à Makutano, elle était enceinte et comme elle s’opposait aux désirs des militaires de coucher avec elle, elle fut battue à tel point qu’elle avorta.

 -Au citoyen KILONDA S. :

La situation ici est désastreuse à cause de la rébellion. Les mulélistes se trouvent de l’autre côté de la Luika, mais on nous arrache les chèvres et tant d’autres choses. Mais depuis l’arrivée du Dirigeant KABALO, nous avons la paix. Il a fait tous ses efforts pour instaurer une vigilance. Nous savons nous contacter quand nous constatons une poussée des mulélistes. Nous voudrions même que l’actuel Dirigeant soit élu Chef de collectivité car c’est lui qui fait tout.

 -A MUGANZA H. :(Etat civil).

 J’ai commencé le travail depuis 1959, le Chef se met à recruter des travailleurs sans tenir compte des recettes. Nous sommes déjà très mal payés, nous les anciens.

COMPEUPLE : Pourquoi votre chef fait-il cela ?

MUGANZA H. : C’est pour remplacer les autres. Nous avons 22 policiers au lieu de 14. Les autres ne figurent même pas sur la liste. Je ne dis pas qu’il travaille mal, mais il n’a que ça pour défaut. Kinshasa avait demandé à ce qu’on lui transmette les fiches de renseignements, mais ici lors de la constitution des dossiers, les fiches de renseignements, les noms avaient été changés.

Qu’adviendrait-il si Kinshasa envoyait quelque chose ? On va déshériter les vrais bénéficiaires ?

-A KASHANDI K. :(Juge colletivité) :

 Nous travaillons très bien, mais nous ne sommes pas payés régulièrement. Depuis 1960, nous ne sommes pas payés, on nous paye par exemple 1 zaïre un mois sur deux.

COMPEUPLE : Pourquoi cela ?

KASHANDI : Nous sommes payés sur base des affaires jugées par le tribunal et des amendes encaissées. Maintenant notre actuel chef vient d’augmenter 3 personnes sur notre effectif qui était de 5 personnes auparavant. Comment serons-nous payés ?

 -A MUTOMBO KISU : (Notable).

Les seules difficultés que nous avons c’est à cause des mulélistes. Nos enfants ne viennent plus ici à cause des troubles, nous n’avons que des arcs, les soldats ne font rien. Si nous étions bien armés nous nous serions sacrifiés.  Notre coton n’est pas acheté. Maintenant, nous ne pouvons pas cultiver à cause des mulélistes. Lorsque nous étions bien armés auparavant nous avions combattu en 1960 à Lengwe, 1964 nous avions combattu les mulélistes à Mbulula, N’kuvu et ailleurs. Maintenant nous souffrons parce que nous n’avons pas des armes.

 -Audience accordée à KISHABONGO (Commerçant).

 Ici ce sont les mulélistes qui nous font souffrir. C’est pour cela d’ailleurs que nous ne pouvons plus amener des marchandises en grande quantité de peur que les mulélistes ne viennent les voler. Et puis, l’Etat ne nous accorde plus de crédit, sauf à la zone ou à la S/Région.

COMPEUPLE : Pour avoir un crédit de l’Etat il faut que le demandeur soit d’abord titulaire d’un compte en banque dont les mouvements seront contrôlés.

 -Audience accordée à ALI MOYA Z. :(78 ans).

Nous souffrons beaucoup ici chez-nous. Nous n’avons plus l’hôpital, plus d’habits, pas de sel, ou quand on en trouve, le verre revient à 30 K. Il y a des hommes ici capables de combattre les mulélistes, il faut les envoyer des armes. Nous étions à la mission où nous nous sommes réfugiés à cause de ces troubles. Maintenant les pères et sœurs qui nous ravitaillaient sont tous partis. Qu’allons-nou faire, nous les vieux ? Pourtant les vieux vivent dans la tranquillité.

 -Audience accordée à MBAYO L. :(Brigadier Chef). 

Avant,  il y avait 14 policiers et on ne les licenciait pas sans mon avis. Maintenant plus question de mon avis et nous sommes 24. Nous avons envoyé des photos à Kinshasa mais hélas en ce jour le chef révoque les gens. Avec le chef NGOMBE on était bien, mais hélas, son fils était muléliste et maintenant il nous fait prendre tous pour mulélistes. Le policier est appelé muléliste alors qu’il est agent de l’Etat, comment d’ailleurs peut-il être muléliste ?

Le chef TAMBWE ne comprend personne, ni le policier, ni le dirigeant. C’est le dirigeant KABALO qui est venu faire mieux ici. Pour l’argent, il y a toujours le retard dans le payement. Du temps belge, on recevait la couverture et les habits mais aujourd’hui, cela n’existe plus, telles sont les difficultés que nous avons ici.

            La nuit,  je me retirai dans la maison du chef ad intérim de la collectivité, alors que les Balubuilo dansaient à l’extérieur, je travaillais avec le chef et le dirigeant.

-Audience accordée au Chef de Collectivité ad interim, le citoyen MULUMBA TAMBWE et au Dirigeant de la JMPR/Cité de KONGOLO, LE CITOYEN SIMUKO BEYA en mission de vigilance.

SIMUKO B. : (Dirigeant de la JMPR, Cité Kongolo en mission de vigilance). Citoyen Commissaire du Peuple, je vous remercie beaucoup pour votre arrivée. C’est d’ailleurs la première fois que, depuis 1960, un Commipeuple arrive à Makutano.

De toutes les informations que j’ai déjà eues ici, il ressort que la collectivité de Mambwe n’est pas du tout rebelle. Les rebelles se trouvent dans la zone de Kabambare.

Les habitants de Kasawa ont tenté de collaborer avec les mulélistes, j’ai fait un effort et arrêté les auteurs. Ils se trouvent actuellement à Kalemie.

Moi et le chef, avons appelé les militaires et maintenant les militaires commencent à déranger la population. Selon une dernière information recueillie, un militaire qui avait sa farine avait obligé un jeune de transporter mais en cours de route les rebelles qui les avaient aperçus ont tiré sur eux et ils sont morts sur place. D’autres militaires ont poursuivi les rebelles jusqu’à la rivière Luika et ont constaté que de l’autre côté de la Luika il y avait une piste très bien entretenue. Les militaires n’ont pas suivi les rebelles à leur arrivée à Makutano, et depuis lors ils n’ont jamais attrapé un rebelle, mais moi depuis mon arrivée, j’ai attrapé un rebelle que j’ai présenté à la population. Les gens voudraient obtenir des fusils pour se battre contre les rebelles et ne souhaiteraient pas la présence des militaires à leur côté lors de ce combat,  parce que les militaires peuvent tirer sur les combattants. J’entraîne 87 personnes et mises au front, elles sont capables de chasser les rebelles. Les militaires que nous avons sont originaires de Kisangani, ils disent que nos frères (les diabos) ont tué beauoup de gens à Kisangani, et maintenant à votre tour vous souffrirez.

J’aimerais vous informer qu’il y a aussi trop de menteurs chez-nous ici les bahemba. Si vous avez un litige avec votre collègue, vous allez dénoncer faussement votre collègue comme rebelle. J’ai déjà arrêté beaucoup de gens à cause de cela car après enquête il s’est révélé qu’il n’y avait que des problèmes fonciers qui existaient.

Je vous informe que si les militaires n’attaquent pas vite les rebelles à cause de leurs actes, il y aura de l’insoumission de la part de la population. Parce qu’ils battent les gens à cause de leurs propres biens. Que l’interdiction de frapper les gens par les éléments de la JMPR, les policiers et les militaires soit formelle. Il n’est pas possible que quelqu’un qui a son salaire tape expressément les autres pour les arracher les biens. La population de Mambwe demande au colonel qu’il place des soldats à Makutano parce qu’il n’y a pas de soldats ici,  dès que les rebelles seront informés, ils viendront. S’il n’y a donc pas la possibilité d’avoir des fusils pour la population civile, qu’on place des militaires à Makutano. Parce que je suis déjà rappelé à Kongolo par mon chef hiérarchique, le Citoyen KALUKULA.

Nous manquons aussi des appuis, l’ancien chef avait été arrêté parce qu’on lui reprochait de n’avoir pas informé. Depuis que je suis arrivé ici, j’envoie des rapports à Lengwe avec  copie pour information à mes chefs hiérarchiques. Aujourd’hui le Citoyen KALUKULA, dirigeant adjoint de la JMPR/Zone m’envoie une lettre pleine de remarques (n° 008/CAB/DZ/JMPR/Zone du 15 janvier 1976) à cause des lettres que j’envoie et il me rappelle même à Kongolo. Souvent la vérité blesse. Je ne voudrais pas devenir chef. C’est le chef de collectivité intérimaire ici présent qui est allé m’accuser que je suis venu ici pour devenir chef. Je ne voudrais pas devenir chef. Parce que mon père a été un chef honoré et honorable, maintenant on tape sur un chef et depuis que j’ai vu comment on a tapé sur le chef de collectivité NEPA par les militaires j’ai perdu toute envie de devenir chef.

J’ai songé à nos problèmes traditionnels, ainsi nous avons arrangé notre situation.

Nous avons préparé  vis-à-vis des esprits de nos ancêtres à manger et offert à nos ancêtres (MIZIMU) devant le chef de collectivité et nous avons imploré à nos ancêtres que tout rebelle qui pietinerait notre sol soit arrêté. Effectivement nous avons eu une preuve, parce que j’ai moi-même arrêté un rebelle.

            Je me suis sacrifié de venir sauver mon pays en ma qualité d’autochtone mais les problèmes qui commencent à se poser me poussent à croire que je risque de mourir inutilement, de me mettre en désaccord avec le chef ou d’autres personnes qui constatent que je suis vigilant.

C’est peut-être pour cela qu’ils voudraient me faire partir d’ici. A vous suivre, nous, nous travaillons une chaîne au coup parce que si les rebelles arrivent ici, on vient arrêter les gens, le chef et le dirigeant sont aussi arrêtés. Le chef de collectivité que vous voyez ici présent, est parti un jour à pied jusqu’à Lengwe informer le colonel, mais on l’a pris de Lengwe jusqu’à Mbulula pieds en haut. Je voudrais bien travailler ici, si l’Etat me l’autorise mais il faut que nous ayons des fusils. Les militaires disent que les rebelles sont dans une autre région et pour cela ils ne veulent pas traverser dans une autre région.

            Le premier sergent MATALA m’a signalé un jour en présence du Commissaire de zone GOOPOSS que leurs collègues militaires qui sont à Munyonya sont tout près des rebelles, il y a un Munyonya habité par des soldats et Muyonya habité par des rebelles.

COMPEUPLE : Pourquoi les militaires ne veulent pas attaquer les rebelles ?

DIRIGEANT : C’est par peur, parce que si vous attaquez ces gens là il faut les poursuivre pour les détruire complètement sinon ils vont contre-attaquer dès après leur réorganisation. Des militaires qui vivent avec des femmes à la position, comment peuvent-ils se battre. Ici chez-nous les militaires nous ont arraché nos femmes et vivent avec elles dans leur bivouac.

COMPEUPLE : Avez-vous déjà informé le colonel ou le capitaine de toutes ces situations

DIRIGEANT : Si vous informez le colonel ou le capitaine, ils vous arrêtent immédiatement. Et si dans votre entretien avec eux vous leur disiez qu’on m’avait donné de telles informations, on nous maltraitera après votre départ. Ce sont de lions et nous les regardons passivement. Quand vous étiez dans la paillotte, vous aviez certainement constaté que vos interlocuteurs étaient effrayés par la présence du capitaine. Si vous causez avec la population en présence des militaires ou des autorités vous risquez de ne pas être informé de beaucoup de choses. Votre présence ici chez-nous nous réconforte. Nous avons même l’impression d’être devant le Président-Fondateur lui-même.

CHEF DE COL  a.i : Citoyen Commissaire du Peuple, j’ai déjà presque partout travaillé et c’est pendant 28 ans à Kinshasa. Je n’ai pas de rancune et je n’ai des difficultés avec personne. J’ai déjà répété plusieurs fois que les Bena-Mambwe ne sont pas des mulélistes mais qu’ils veulent se rallier aux mulélistes.

Ils mentent trop. Depuis que j’ai commencé mon travail, je n’aime pas des menteurs. Les Bena-mambwe ne sont pas de mulélistes, ils s’entre-accusent trop faussement. Lorsque je suis allé à Lengwe une fois signaler la présence des mulélistes, j’ai été menacé d’arrestation dans le cas où l’information ne s’avérerait pas exacte. Lorsqu’ils ont constaté à leur arrivée que mon information était exacte, ils n’ont plus suivi les pistes et sont rentrés. C’est alors que j’écrivis à Kongolo pour demander le concours des militaires, mais hélas ces derniers ne sont venus que pour maltraiter la population. Ils ne font que taper sur des gens depuis leur arrivée, arracher les femmes d’autrui. Le tribunal de collectivité n’existe plus que de nom et c’est ainsi que j’ai refusé à ce que quiconque ait contact avec la zone sauf moi. Il y a même des militaires qui tirent en l’air tels des mulélistes. Si les gens s’habituent à ce genre de tirs sans raison, le jour où les véritables muleles arriveront, nous serons tous surpris. Le 2 janvier 1976 on est venu nous informer de la présence des mulélistes dans les  environs.

J’ai envoyé du secours parce qu’ils ont dit (militaires) qu’il était impossible de tirer dans la forêt. Arrivés à Masasi où était annoncée la présence des mulélistes, les militaires me renvoyèrent les hommes sous prétexte qu’il n’y avait rien. Et le dirigeant m’écrivit aussi à ce sujet pour me confirmer la chose. Lorsqu’il est revenu ici, j’ai fait des reproches au Citoyen SIMUKO  et lui avait demandé d’être exact dans ses rapports. Mais il m’affirma que ce sont des militaires qui avaient tiré comme d’habitude, mais le capita de Mango fut arrêté pendant 7 jours. Le rapport que j’avais sur les coups de couteau qui avaient été administrés sur la personne du Citoyen KOPE reste sans effet. A noter que ces coups de couteau lui ont été administrés par des militaires. Mais la victime qui avait été corrompue ne dit rien. Le colonel avait envoyé des militaires partout pour arracher des chèvres. J’ai fait un rapport à ce sujet au colonel lui-même en lui faisant remarquer cet état de choses. Mais il me répondit par un contre-rapport sévère et m’accusa d’être complice des rebelles et que si les rebelles envahissent la localité de Makutano ; je comparaîtrai devant le tribunal militaire. Tout le mal de la population par des militaires est encouragé par des autorités des F.A.Z.  Dans chacun de mes meeting je ne cesse de demander à la population de Mambwe de ne plus continuer les mensonges, s’entre-accuser sans raison valable etc. Dans la réunion mensuelle, la population m’avait demandé des armes pour combattre elle-même les rebelles. J’ai écrit au Commissaire de Zone en lui demandant de m’envoyer des fusils, pour que la population combatte elle-même et les rebelles ne se trouvaient d’ailleurs pas si loin. J’ai des hommes capables de faire face et repousser les assauts des rebelles. Nous demandons donc de fusils pour mettre un terme à la rébellion.

En ce qui me concerne, je n’ai rien à reprocher au Citoyen Simuko. Ce sont ses brigadiers de Kongolo ici présents, qui ont arrêté des personnes. J’ai refusé de voir ici dans ma collectivité des personnes qui sèment de troubles, de batailles. Lorsque je suis allé à Kongolo, on me dit qu’au lieu que ces gens rentrent à Kongolo, il faudrait que leur dirigeant le Citoyen KABALO rentre à Kongolo au bureau de la J.M.P.R Je suis allé chez le commissaire de zone pour m’opposer de cette mesure.

Le capitaine m’a écrit qu’il enverrait des militaires pour la réfection de la route, avant même qu’ils arrivent ici, ils avaient déjà commencé à voler la population. J’ai décidé de refuser le concours des militaires et j’ai demandé à la population de s’occuper de ce travail sous forme de salongo.

En ce qui concerne le dirigeant Simuko Simuganza je n’ai pas de problèmes avec lui, nous travaillons en collaboration, mais je ne voudrais pas qu’il ait des amis militaires.

En ce qui concerne les Bena-Mambwe, il n’y a pas de problèmes avec eux. Le peuple m’aime. J’ai fait construire quatre écoles primaires et je voudrais que les gens de Kasawa déménagent pour Kalimba. Voilà ce que nous avons comme organisation.

En ce qui concerne les militaires qui sont ici, ils se promènent partout et sans autorisation. Matala et Anjoli Jean-Marie n’ont pas voulu tirer. De tout ce que nous disons il n’y a qu’une chose qui gache tout : c’est le manque de solidarité. Les Bena-Mambwe ne sont pas solidaires. Je leur demande de se faire confiance, de s’espérer d’abord soi-même

COMPEUPLE : De tout ce que vous avez dit jusqu’à présent. Je retiens une chose : Vous êtes décidé de défendre la population. N’ayez pas la crainte des militaires, ils profitent de la peur de la population, ce qu’ils font ici ne se fait pas ailleurs. Arracher les biens d’autrui sans qu’il y ait une réaction, le peuple manque d’appui et vous en manquez aussi, je monterai mon quartier général à Kongolo et ferai tout pour vous appuyer. Déjà lorsque je verrai le colonel je lui dirai clairement que ce qui est fait n’est pas bien Je me suis toujours demandé comment on vole les biens de la population. De grâce appuyez la population et je vous appuyerai. Il est regrettable d’apprendre ces jours qu’un militaire peut  chasser un homme de sa maison pour avoir des relations sexuelles avec sa femme et que pendant ce moment l’homme est parfois ligoté.

En ce qui concerne le cycle d’orientation ici à Makutano. J’ai vu un jeune homme à Kinshasa qui s’appelle KAUNGE, il m’avait informé qu’il ne reste que le toit pour que le travail de construction soit achevé.

CHEF DE COL. : Nous avons 12 scieurs en brousse, ils apporteront des planches et en février nous commencerons ce travail là.

DIRIGEANT : Les enseignants voulaient partir n’eut été la nouvelle de votre arrivée. D’après les informations recueillies, ils ont eu chacun 20 Zaïres de la part de Mgr. NDAYE qui leur demande d’abandonner la mission de Makutano.

CHEF DE COLL : Les Hemba ne souffrent pas, mais les militaires dérangent beaucoup. Il faudrait qu’ils quittent car ils ont fait trois ans sans résultat.

DIRIGEANT : C’est ainsi que j’ai posé la question de savoir si les militaires avaient déjà attrapé un rebelle, la réponse a été négative.

J’ai été beaucoup plus convaincu de leur inutilité le jour qu’on avait tué un militaire, les autres au lieu de s’attaquer aux rebelles ont envoyé quelqu’un pour m’appeler avec les miens à leur aide. Des informations recueillies mais non confirmées, nous apprennent que les militaires se voient avec les rebelles. Nous enquêtons encore pour savoir la vérité. On a tué SAGALI et KISIMBA et cela m’a énervé à telle enseigne que j’ai écrit à la zone pour demander qu’on nous envoie des fusils.

CHEF DE COL : Le problème de départ de Kabalo d’ici est terminé. Il ne reste que de problèmes de lettres. Il ne faudrait pas qu’il envoie directement de lettres au colonel.

DIRIGEANT : Comme je suis inférieur, je n’aurai pas raison et pourtant le jour où ils se sont réunis, le Commissaire de zone avait décidé que je lui écrive régulièrement et d’informer le colonel.

 CHEF DE COL : Quand nous envoyons les lettres à la zone, on n’accuse pas réception cela nous décourage. Nous avons demandé que la JMPR MOTO de la zone de Nyunzu nous apprenne leur ruse. Voilà que jusqu’aujourd’hui nous n’avons pas de réponse. Nous faisons tout pour sauver le peuple.

Quand au problème de KASAWA en ce qui concerne le déménagement, je leur ai dit que je ne forçais personne.

             Je reçus d’innombrables lettres anonymes dans lesquelles la population portait son soutien au Citoyen SIMUKO SIMUGANZA qu’elle voudrait voir devenir son chef de collectivité. A titre d’exemple, voici le contenu d’une de ces lettres.

                                                                        «Mambwe le 17 janvier 1976

                                                                       Au Citoyen Commissaire du Peuple.

 

            Père,

            Nous tous vos enfants de Mambwe, nous vous implorons au sujet du citoyen SIMUKO BEYA SIMUGANZA, Dirigeant de la JMPR/Cité kONGOLO, que compte tenu de sa façon de travailler dans notre parti le M.P.R., il ne rentre plus à Kongolo.

            Depuis son arrivée, l’organisation est telle qu’à chaque annonce de l’arrivée des rebelles, la nouvelle est déjà propagée et la population s’organise en même temps que les F.A.Z. de manière à pousser les rebelles au-delà de la rivière LUIKA.

Les rondes sont régulières jour et nuit.

            C’est ainsi que nous sommes convaincus que sous l’autorité d’une personne telle que le citoyen SIMUKO, nous ne pouvons rien craindre et nous ferons face aux rebelles.

            Nous sommes d’ailleurs prêts à accepter de travailler avec lui comme notre chef de collectivité afin qu’il nous sauve des assauts des rebelles.

            Nous vous souhaitons la bienvenue et bénissons votre retour, que la Divine Providence nous entende et qu’elle vous donne du progrès dans votre lourde tâche.

                                                           Sé/La voix de vos enfants de Mambwe. »

 

            Le 18 janvier était programmé pour visiter Kasawa mais avant de quitter Makutano, j’accordais des audiences à diverses personnes:

 

c)   L’ACCORD DES AUDIENCES AUX SOLLICITANTS

 -A MALUNGA ND.DIRIGEANT GROUPE CHOC :

 C’est une occasion pour nous que vous soyez venu afin que nous puissions vous exposer nos difficultés, partout au Zaïre, les animateurs de tous les groupes choc ont des uniformes, pourquoi pas nous autres ? Or nous faisons tout ce que nos collègues font, danser, etc. Il faut nous aider aussi pour que nous puissions avoir des uniformes.

COMPEUPLE : L’animateur KOTA est-il déjà arrivé ici ?

MALUNGA ND. : Non, il n’est jamais arrivé. Et puis nous qui dirigeons ce groupe, nous n’avons jamais eu un seul likuta.

COMPEUPLE : C’est très bien maman, c’est un problème très important et d’ailleurs je pense que vous n’êtes pas la première personne à m’exposer ce problème je ferai un rapport à ce sujet aux autorités intéressées. Vous dansez tous les jours ?

MALUNGA ND. : Oui, chaque fois qu’il y a une autorité qui arrive et lorsqu’il y a une nouvelle danse à apprendre, nous devons animer tous les jours.

 -A KILEMBE P. :

(Remet une lettre au Commissaire du Peuple).

COMPEUPLE : Chez vous à Katanda, les militaires arrachent-ils de femmes à leurs maris ?

KILEMBE P. : Oui, depuis avril 1975, les militaires ont arraché quelques femmes et les ont amenées à Balumbu. En demandant à leurs maris d’apporter vivres et boissons pour leurs femmes.

COMPEUPLE : Savez-vous l’endroit où se trouvent ces militaires et leurs noms ?

KILEMBE P. : Ils s’appellent communément KRUTCHEV et MATAMBA et se trouvent à Kabeya Mayi. Ils ont également emportés des assiettes, des machettes, des chèvres et des poules.

 -A MULENDA CHUMA : (Dirigeant adjoint/JMPR Mambwe).

 Je suis nommé dirigeant adjoint depuis le 12 décembre 1975 et depuis lors je m’occupe des travaux du champ du parti.

 DIRIGEANT BRIGADE ZONE : Nous sommes étonnés de  la manière dont le chef a nommé un autre dirigeant. L’ancien dirigeant est encore là et est au service du parti. L’autre, le citoyen KALUME AMISI était au séminaire à Kalemie mais il est resté au deuil. Maintenant le chef a nommé un autre à sa place sans avertir la zone ?

CHEF DE COLL. : Nous sommes en difficultés continuelles et que j’ai estimé qu’il était opportun de mettre quelqu’un d’autre à sa place pour le former, car lorsque SIMUKO va rentrer à Kongolo, je vais rester sans dirigeant. Celui qui est à Kalemie pour des affaires avec le parquet, le jugement n’est pas encore rendu on ne sait pas s’il sera arrêté ou non.

COMPEUPLE : Je vous remercie citoyen MULENDA, pour les travaux que vous faites sans songer à votre intérêt personnel dans le cadre de développement, c’est très important.

de semer. Nous demandons également qu’on nous envoie une ou deux bennes pour la réfection de nos routes. Il faut que l’Etat s’occupe aussi de nous. C’est la raison pour laquelle nous vous disions tout cela à vous en votre qualité de nos yeux, nos oreilles et notre bouche. Faites parvenir nos demandes à qui de droit pour qu’après un an, deux ans, nous soyons secourus.

MULENDA

On extermine nos chèvres ici chez-nous. Le chef actuel TAMBWE est parenté aux militaires. C’est ainsi pour faire faire un quelconque travail, il amène avec lui des militaires qui, lorsqu’on leur donne une chèvre, eux en arrachent deux autres ou trois par force. A l’époque du dirigeant KITEBA, les militaires étaient souvent battus à cause de leur vol. Maintenant la même situation revient à cause de ce chef

COMPEUPLE : Qui est-ce qui a donné l’ordre qui permet aux militaires de faire cultiver des champs ?

MULENDA CH. : Nous ne savons pas, ces militaires viennent de Lengwe.  Ce chef appui les militaires. Depuis l’arrivée de SIMUKO, nous sommes très bien. C’est pourquoi nous ne voulons pas qu’il rentre à Kongolo et même si c’est possible qu’il soit chef de collectivité à la place de TAMBWE.

Ensuite, il n’y a plus un seul missionnaire ni sœurs. Nous ne savons pas pourquoi. Il n’y a pas un père ou sœur qui a été tué. Ils ont fui même avec la demoiselle qui soignait les malades.

COMPEUPLE : On dit que la demoiselle avait reçu de mulélistes une bouteille d’or dont elle n’avait pas honoré les frais, et que les mulélistes sont venus réclamer.

MULENDA CH. : Oui, nous avons aussi appris la même chose qu’une bouteille d’or et les ivoires avaient été donnés au chef NEPA qui les a amenés chez cette démoiselle.

 A KAHOZI BENDERA : (Pensionné enseignant).

 Je reviens encore sur le problème dont nous avons mentionné dans les doléances que nous vous avons soumises. La conduite des militaires laisse à désirer. C’est pourquoi, nous insistons à ce que le Gouvernement nous envoie des fusils pour que nous puissions nous-mêmes combattre ces hors-la loi. Nous sommes appelés des rebelles par des militaires qui ne veulent pas affronter les ennemis, tout est devenu à charge de la population. Comme vous, vous êtes notre bouche, nos yeux et nos oreilles faites quelque chose pour que les autorités nous aident. Nous sommes attristés nous les Bena-Mambwe par le départ des missionnaires, dispensaire et écoles pour la formation des jeunes, tout a été enlevé. On nous abandonne parce qu’on nous appelle mulélistes. Nos produits agricoles ne sont pas achetés,  jusqu’à présent le coton de l’année pourrit dans nos maisons. Par manque d’outillage, nous reculons parce que notre sol il faut le retourner avant

KAHOZI B. : Je cause avec eux, ils m’ont dit qu’ils faisaient tout pour mettre fin à la rébellion. Mais ils nous prennent pour des gens qui ne veulent jamais dire la vérité et que nous avons trop de secrets, nous ne faisons qu’observer mais ne voulons jamais rien dire. Il faut nous encourager.

COMPEUPLE : C’est ce que je ne cesse de répéter moi-même avant qu’on vous amène quoi que ce soit, il faut chercher à mettre fin à la rébellion par tous les moyens. Avez-vous déjà écrit à Maurice à ce sujet ?

KAHOZI B. : Non. Je ne peux pas le mettre au courant parce qu’il est militaire, ce serait lui attirer des ennuis avec ses supérieurs si ces derniers savaient que je suis ici pour l’informer de la situation du pays

 COMPEUPLE : Même pas aux autorités de la place ?

A  SWANA : (Capitaine).

 C’est vrai en ce qui concerne le comportement des militaires, j’ai même écrit au colonel à ce sujet car j’étais moi-même fort touché ! Je suis chef,  c’est moi qui dirige les opérations de ce côté. On a envoyé d’autres militaires qui ne sont pas sous mes ordres, ce sont ceux-là qui occasionnent beaucoup de vols. Je ne peux agir sur eux. Nous avons les complications de tous les deux côtés. D’autres localités nous viennent quand même en aide mais de l’autre côté des rebelles se promènent librement et sont ravitaillés par les villageois. Celui qui sème le désordre à Kasawa c’est le capita, le petit frère du chef, MUGALU et le village de Kashenge. Il y a des jeunes gens de Mambwe qui sont dans les rangs de MULELE. Lorsqu’ils arrivent ici, leurs frères les reçoivent, font tout pour leur procurer les cartes pour citoyen et les laissent partir. Nous n’avons ici qu’une seule personne en qui on peut compter, c’est le citoyen KABALO, un homme brave comme l’a été son père. C’est en raison de tous ces méfaits que les Bena-Mambwe sont appelés mulélistes. Je tiens parfois des causeries morales à la population au cours desquelles je ne cesse de demander à la population de venir me dire tout ce que les militaires sont en train de faire, je ne tarderai pas à punir les fautifs.

SECRETAIRE : Si le premier sergent MUMBA était colonel ou capitaine, nous serions bien et même très bien car il travaille en collaboration avec la population. Il aide les habitants et même parle pour eux. Encore il y a les habitants de la collectivité de N’kuvu qui passent par la route de Ponda Luganza vendre les articles à la population de l’autre côté de la Luika.

               Entretemps, le groupe choc faisait de l’animation et je pouvais entendre à travers ses chansons des messages m’adressés en kina mambwe tels que repris ci-dessous:

«  Comme vous l’avez constaté vous-même, cher LUMBU, il n’y a pas des mulélistes ici. Si Kabalo partait d’ici, il y aura des désordres dans la collectivité de Mambwe. Il faut que TAMBWE en collaboration avec SIMUKO restent et gardent la collectivité de Mambwe, s’ils partent d’ici, les mulélistes arriveront sans doute. Quand on vous dit que les gens de Kabalo tapent sur la population c’est faux ! Ils ne sont pas fous pour taper sur des gens inutilement. Je suis allé à Mambwe et on m’a dit qu’il y avait des mulélé. Mais MASHUANI BULUMASI et consorts n’ont rien fait. Il y a trop de menteurs à Mambwe, c’est ce qui sème le grand désordre. Les militaires ne font rien depuis leur arrivée et c’est nous-mêmes qui attrapons les rebelles. Tout ce que les militaires savent faire c’est arracher à la population ses biens, chèvres, canards, poules, etc. Les autres frères qui s’étaient réfugiés en brousse sont revenus et nous les avons accueillis parce qu’ils sont nos frères. Kabalo n’était pas encore là, les mulélistes nous ont arraché nos enfants, nous avons supporté. Ils sont revenus une nouvelle fois et nous ont arraché nos femmes. Le chef NEPA ainsi que le dirigeant avaient été aussi enlevés.  C’est alors qu’on fit appel à Kabalo qui a estimé opportun de monter une patrouille de nuit comme de jour. Le village de Kasawa est presque vide parce que ses habitants sont des grands menteurs, le village n’est presque plus habité et les herbes poussent partout. »

 Je reçus aussi diverses notes dont le contenu suit:

– de Kalungu par le citoyen ZINDA MBAYO.

                                                                       Kalungu, le 18 janvier 1976

                                                                        Citoyen Commissaire du Peuple,

 1°) Les militaires qu’on nous a envoyés sous prétexte de combattre les rebelles, ne font rien.  Tout ce qu’ils savent faire c’est nous voler nos richesses, chèvres, poules et canards. Or c’est grâce aux poules, canards, chèvres et autres que nous pouvons avoir de l’argent nous permettant de faire face aux besoins scolaires de nos enfants

2°) La frontière entre le Kivu et le Shaba c’est la rivière Luika. Le colonel qui est venu de Kongolo reste à Lengwe, de là, il a envoyé des militaires combattre les rebelles qui se trouvaient à Kayumba et Zongwe, et les ont chassé. Ils se  sont réfugiés dans le Maniema, dans la zone de Kabambare, région du Kivu. De là ils viennent dans notre collectivité combattre les prêtres et les sœurs. C’est pourquoi nous demandons que l’Etat nous envoie de fusils afin que nous puissions aider les militaires à combattre et mettre fin à cette rébellion qui n’a fait que trop durer. Qu’on nous entende, nous voudrions protéger notre pays, nous-mêmes nous en sommes capables.

3°) Il faut qu’on envoie un autre  colonel du côté du Maniema qui fera en sorte que les rebelles soient rassemblés et recensés et les envoyer  chacun dans son village d’origine, ainsi on pourra mettre fin à cette rébellion. Autrement, toutes nos tentatives pour mettre fin à cette rébellion, se solderaient par un échec.

Nous vous remercions et vous disons bonjour et aurevoir.

                                                            Sé/votre enfant, ZINDA MBAYO.

 – de la citoyenne KAINDI FATUMA  de la localité Kasensi

             Les rebelles nous dérangent beaucoup. Ils quittent leur territoire et viennent sémer les troubles ici à Makutano. Nous félicitons le citoyen SIMUKO de la brigade disciplinaire zone qui est venu ici. Si tous ses éléments étaient armés, il y a longtemps qu’on aurait mis fin à la rébellion, car ils sont bien capables de les combattre. Nous avons aussi des difficultés avec les militaires qu’on nous a envoyés ici soit disant combattre les rebelles. Les militaires ne sont venus que pour nous arracher de l’or et en échange, ils sont capables de leur fournir des fusils. Ils se sont arrangés sur le jour et heure de rencontre au même endroit. Le jour venu, ils se sont rencontrés et ils leur avaient remis trois fusils, mozer et deux vignerons y compris les cartouches, en échange desquels les rebelles leur ont remis de l’or.

Quand les mulélistes tuent les militaires, ces derniers sont incapables de les poursuivre. Le capitaine SWANA achète des usagés à Kongolo et les envoie chez les rebelles qui les achètent contre de l’or qu’on lui remet au  même lieu de leur rendez-vous habituel ! Un autre jour, l’adjudant BIYAMBI jura de tuer les éléments de la brigade disciplinaire parce que ces derniers ont interdit à la population de donner des chèvres aux militaires sans motif valable, et sans l’autorisation de leur chef. Ils se sont même battus et l’adjudant leur disait qu’ils n’avaient aucune autorisation de travailler à Mambwe et d’ailleurs ils ne sont pas payés pour le travail qu’ils font. Les rebelles sont aussi fâchés parce que la demoiselle qui avait pris leur bouteille d’or ne leur avait pas donné le prix. C’est ainsi qu’ils viennent ici à Makutano et encore dans les villages environnants sémer les troubles. Jusqu’à présent, le chef chez qui avait transité cette bouteille d’or est aux arrêts à Kalemie. C’est ainsi que lorsque le citoyen Simuko est arrivé, nous avons tout fait pour instaurer la paix dans notre collectivité en l’épaulant. Les éléments de Simuko sont des hommes très courageux et ils apprennent même à la population à monter la garde et faire des patrouilles nocturnes. Nous vous demandons de nous aider avec un peu d’argent pour que nous puissions aller à Tengu chercher des médicaments traditionnels qui nous permettront de faire face aux rebelles et les repousser fort loin de la frontière.

                                                                        Makutano, le 18 janvier 1976.

 – de brigades disciplinaires collectivité de Mambwe par MUYUMBA PYANA LWEGA.

 Citoyen Commissaire du Peuple,

            Nous vous écrivons la présente pour vous détailler nos difficultés à nous éléments de la brigade disciplinaire Mambwe.

            C’est-à-dire, Citoyen Commissaire du Peuple, nous travaillons ici tels, des vrais policiers mais nous ne recevons aucune aide de la part de l’Etat. C’est ainsi que nous avons demandé aux autorités de la collectivité qu’étant donné que nous ne sommes pas payés, il faudrait que la taxe pour la C.P.M. que nous aurions dû payer, soit exonérée pour toute la Brigade Disciplinaire Mambwe. S’il est possible, il serait aussi souhaitable pour que vous puissiez nous aider avec l’uniforme de la JMPR. Nous vous informons aussi que depuis l’arrivée du Citoyen KABALO, dirigeant de la collectivité Mambwe, nous avons l’impression qu’il y a un changement total dans le pays.

            C’est le peu de nos difficultés, Citoyen Commissaire du Peuple, que nous avons estimé opportun de reporter à votre connaissance.  Nous demandons à la Divine Providence de vous protéger dans votre lourde tâche et nous vous en remercions.

                                                           En foi, sé/MUYUMBA PYANA LWEGA.

 

du Citoyen SANGA DUMBA

 Exp. : SANGA DUMBA LUPALA               Makutano, le 18 janvier 1976.

         C/° Brigadier de la Police

        C.L. Mambwe.

 Au Citoyen Commissaire du Peuple,

            Nous sommes très contents de votre arrivée dans notre collectivité de Mambwe. C’est d’ailleurs pour nous la toute première fois depuis l’accession de notre pays à l’indépendance, un Commissaire du Peuple comme vous l’êtes, se rende dans la collectivité de Mambwe au risque de sa vie, dans une collectivité   où il y a tout un tas de problèmes de rébellion des mulélistes.

1°) Pour nous qui travaillons comme des policiers de la collectivité, nous ne sommes pas respectés comme tels ;

2°) Nous n’avons pas d’uniformes qui puissent nous distinguer des rebelles et c’est pour cela que nous sommes d’ailleurs considérés en partie comme des rebelles. Pendant l’époque coloniale, les policiers avaient une uniforme, mais actuellement, il faut que l’agent se paie lui-même son uniforme.

3°) Nous ne sommes pas payés depuis plus de 10 mois et si nous travaillons c’est tout simplement dans le cadre de travailler pour notre pays ;

4°) Parmi nous, il y a des agents qui ont déjà accompli plus de 30 ans de travail et ne sont pas pensionnés, cela est dû à quoi ? Nous n’avons ni dossier ni numéro de travail. Ainsi lorsque notre collègue YAOZA, est décédé, il n’a même pas été reconnu par l’Etat comme tel.

a)     En ce qui concerne notre collectivité de Mambwe, nous sommes vraiment affligés par les attaques et les tueries des rebelles. C’est pour cela que nous profitons de l’occasion pour vous demander que les 18 policiers que compte notre collectivité soient armés afin de combattre ces hors-la loi et après la guerre, les fusils seront restitués.

b)     D’autres grandes difficultés sont la rébellion, l’abandon de la culture et les enfants qui ne vont plus à l’école.

c)     Les militaires des F.A.Z. sèment trop de désordre plus même que les rebelles en volant à la population ses biens.

d)     Nous regrettons également l’arrestation de notre chef de collectivité NGOMBE MUTEBA NEPA qui se trouve à Kalemie jusqu’à ce jour et nous ne sommes pas informés sur son sort.

e)     Nous sommes très fiers enfin de notre Dirigeant SIMUKO BEYA SIMUGANZA KABALO à cause de sa vigilance. Il a mobilisé toutes les localités de Mambwe et grâce aux patrouilles organisées sous sa conduite, un rebelle avait été arrêté par ses éléments sans le concours des militaires.

 – de dirigeants de localités.

                                                                                   Makutano, le 18 janvier 1976.

 Citoyen Commissaire du Peuple,

            Nous profitons de cette occasion pour vous exposer nos idées et nos volontés. A cause de la rébellion, toute la collectivité de Mambwe est dans l’insécurité continuelle, mais depuis l’arrivée du Dirigeant SIMUKO SIMUGANZA, nous avons l’impression de recouvrer la paix et la population se détend.

            C’est ainsi que nous vous demandons de faire comprendre aux autorités de la zone que nous voulons que le citoyen SIMUKO soit maintenu à Makutano, du moins pendant cette période de troubles. Tous les vieux de la collectivité insistent sur l’importance de ce problème et de leur demande.

            Il faut que ce Dirigeant reste avec nous pour diriger les opérations de patrouille nocturne. Il nous faut des fusils pour combattre efficacement ces hors-la loi car les militaires nous envoyés par la zone ne font absolument rien.

            Nous terminons ici en vous adressant les salutations des dirigeants de localité de Mambwe.

 – de BUGANA LWAMBA

                                                                        Bugana Lwamba, le 18 janvier 1976.

 Citoyen Commissaire du Peuple,

            Nous vous remercions beaucoup pour votre arrivée dans notre collectivité et notre localité. Nous vous demandons de  prêter attention à ce que nous allons vous dire au sujet des difficultés que nous avons ici dans notre collectivité de Mambwe.

1°) En ce qui concerne l’agriculture sur le coton, les agronomes au départ nous avisent un autre prix, mais le jour de réception, le prix est un autre. Qu’est-ce que cela signifie ?

Et puis le coton lui-même n’est pas acheté dans les dates prévues, c’est ainsi que nous avons encore du coton dans nos maisons et nous attendons toujours le passage d’une réception. Mais cette façon d’agir n’est pas de nature à encourager les cultivateurs qui n’ont d’autres ressources que les revenus de leurs champs. En ce qui concerne le maïs, les cultivateurs regrettent au sujet du prix fixé à 4 K le kilo. Et puis les commerçants qui nous l’achètent demandent à ce que le sac soit rempli jusqu’aux abords. A telle enseigne que rempli de cette manière, un sac de maïs peut peser au délà de 130 kilos.  En ce qui concerne les militaires, nous étions fort contents de leur arrivée pour nous protéger contre ces hors-la loi qui nous volent nos biens. Lors du règne du Chef NGOMBE MUTEBA NEPA, quand les militaires n’avaient plus de rations, le chef demandait à chaque capita d’apporter quelque chose. Et les capitas s’exécutaient en amenant chacun une partie au chef et après le chef lui-même les donnait aux militaires. De cette manière il n’y avait pas de désordre nulle part. Mais maintnant avec le chef Tambwe c’est la pire catastrophe, c’est lui-même qui passe dans chaque village escorté des militaires et autorise ces derniers à attraper autant des chèvres qu’ils veulent. Nous sommes tout à fait confus car nous croyions que le chef avait pour  tâche de défendre aux militaires de s’emparer des biens de la population, donc défendre en quelque sorte les intérêts de la population, c’était ça son travail. Ainsi un des habitants qui oserait protester contre cet agissement, se voit frapper à mort et infigé des amendes très fortes. Or, nous habitants des villages nous n’avons pas d’autres richesses, les chèvres nous aident par exemple quand il faut payer le minerval des enfants,  vous vendez une chèvre et vous payez le minerval, si vous n’avez pas de l’argent pour payer la C.P.M., vous vendez une chèvre et vous payez l’impôt etc. mais actuellement, l’habitant n’a plus droit de défendre ses propres biens ? Ainsi comme vous êtes arrivé, il fallait que vous ordonniez à ce que les militaires s’emparent des chèvres en croyant que nous-mêmes nous n’avons pas pensé que le Commissaire du Peuple doit aussi manger quelque chose avant son départ de notre collectivité ? C’est pour cela que nous vous disions que nous avons trop de difficultés à tel point qu’il serait même souhaitable de se pendre ! C’est pour cela aussi que, nous vous disions qu’il est trop dangereux pour notre collectivité qui risque de rester sans chèvres, canards ou poules si ces militaires doivent encore faire longtemps ici. Mais c’est encore plus dangereux lorsque vous dites que vous n’avez plus de chèvres à leur offrir, vous êtes battu à mort. Pourquoi tout cela ? C’est ainsi que nous espérons qu’après vous avoir raconté tout cela et après votre rapport aux autorités compétentes, la paix pourra être reinstaurée dans la collectivité de mambwe.


Paragraphe 3    MON SEJOUR A KASAWA

            Rejoindre Kasawa directement nous fut impossible. D’un village à l’autre, les femmes nous barraient le passage, chantant et dansant.

Nous étions chaque fois obligés de descendre de notre véhicule pour les saluer et le chef de collectivité ad interim leur remettait régulièrement de l’argent afin qu’elles nous laissent libre passage. Le capitaine SWANA et quelques éléments de l’infanterie s’ajoutèrent à notre suite civile déjà nombreuse. C’est à Zola où la mobilisation avait été grande à telle enseigne que nous marchâmes à pied un long trajet.

A notre arrivée à Kasawa, le village me donna l’air d’être abandonné. Beaucoup des maisons s’étaient écroulées. C’est au lieu où devait se tenir le rassemblement populaire qu’il y avait une mobilisation et une grande foule venue sans doute des localités environnantes. Des militaires s’étaient joints à la fête, mais je fus frappé d’émotion lorsque je constatai que les éléments de vigilance que j’avais vus à Makutano la veille se trouvaient à Kasawa sans doute m’avaient-ils précédé la nuit pour assurer ma sécurité.

 a)        LE RASSEMBLEMENT POPULAIRE

            C’est dans les chansons que la population m’exposa ici ses difficultés et dès après ma présentation à la population par le chef, je me retirais dans une case pour accorder audience à ceux qui le souhaitaient.

            Quel était le contenu des chansons en question ? Dans les chansons, la population de Kasawa disait ceci : SIMUKO wa MUYUMBA, il y avait la guerre dans la collectivité de N’kuvu, et nous sommes partis les aider. Il y avait la guerre dans la collectivité de Nyembo, nous sommes aussi partis. Aujourd’hui voilà que nous les Bena-mambwe nous sommes dans le feu, les Bena-Nyembo et les Bena-N’kuvu ne viennent pas. Vous Commissaire du Peuple, vous êtes venu aujourd’hui, nous sommes sûrs d’être sauvés. Nos villages sont abandonnés. N’ayez pas peur notre cher Frère, la collectivité de Mambwe c’est pour vous. Nous tournons tous regards vers vous. Nous vous dirons tout ce qui se passe pendant le jour comme la nuit.

Vous avez bien fait en venant et nous vous accueillons avec beaucoup de joie.

            Dix localités avaient leur population rassemblée à Kasawa et j’ai salué personnellement leurs chefs, il s’agit de : KAHUGO, KASAWA, KIBUMBU, MASANZA, KAWEMA, KIBANZI, MILENGE, KAHENGA, PUNGU, KAUWA.

Après l’adresse de présentation du Chef de collectivité a.i. je pris la parole dans les termes suivants :

            Le chef de collectivité vient de vous informer de ma qualité. En effet, nous étions dans la réunion à Kinshasa et on nous a demandé de venir vous visiter pour nous informer de votre situation. Je vous présente d’abord les salutations du Citoyen Président de la République. Chers frères, les problèmes de la collectivité de Mambwe nous les connaissons à Kinshasa. Malgré le fait qu’officiellement il est dit qu’il n’y a plus de guerre. Je suis arrivé, je vois moi-même. Comment la brousse a envahi le village de Kasawa, naguère grand. Comment c’est possible que vous qui étiez allé combattre les mulélistes dans les collectivités de Nyembo et de N’kuvu soyez appelés aujourd’hui aussi MULELISTES. C’est faux et c’est archi-faux !

Je viens de le constater et je serai votre interprète fidèle.

            En ce qui concerne le comportement des militaires, j’ai déjà posé beaucoup des questions au capitaine et entendu sa version. Grâce à votre vigilence, je suis convaincu maintenant que nous allons poursuivre les mulélistes à ROSSA où à HEWA-BORA. Je suis votre bouche, oreilles et yeux.

KALUNGA MANZA : (Secrétaire de la JMPR/Kibumbu) prit la parole au nom de la population et exposa la situation suivante : Ce que vous avez dit est vrai. Depuis 1960, les Belges nous avaient laissés dans une bonne situation. Puis en 1965, MOBUTU a pris le pouvoir pour mettre un terme aux difficultés endurées par la population pendant les cinq ans de l’indépendance. Mis ici chez-nous les mulélistes continuent à nous faire souffrir.

Le premier sergent MUMBA ici-présent est témoin. Un grand rassemblement a eu lieu dans la collectivité de Mambwe, et je peux vous affirmer qu’il n’ya pas des mulélistes dans cette collectivité il y a plutôt des militants du M.P.R.  Nous vous informons aussi en ce qui concerne l’agriculture, nos produits restent invendus. Les habitants de la collectivité de Mambwe félicitent le citoyen SIMUKO SIMUGANZA, car, depuis son arrivée dans cette collectivité il y a la paix, et nous croyons que s’il était là plutôt il n’y aurait pas eu des problèmes mulélistes dans cette collectivité. Nous sommes prêts de poursuivre les mulélistes partout où ils se trouvent, mais par votre intervention, nous voudrions obtenir des fusils.

Les habitants de Nyembo et de N’kuvu viendront certainement nous aider à chasser les mulélistes. C’est vraiment dommage de constater que la localité de Kasawa soit si abandonnée, les maisons sont innoccupées parce que beaucoup de gens ont fui la localité. Nous vous demandons une fois de plus, d’être notre interprète.

            Me rappelant des conseils qui m’avaient été donnés à Makutano, je demandais qu’on puisse me préparer une place dans une case afin que je reçoive tous ceux qui n’ont pas le courage de se prononcer en public. Plusieurs personnes eurent l’occasion d’être reçues.

 -Audience accordée au citoyen KALUNGA MANZA :

 Citoyen Commissaire du Peuple, notre situation est la suivante : nous vivons assez bien, le problème de mulélistes a commencé de la façon suivante : les habitants de l’autre rive de Luika avaient fui de ce côté-ci mais n’avaient pas de vivres. Ce qui fait qu’ils rentraient chez eux chercher des vivrres. Or les mulélistes étaient cachés en brousse et les avaientt surpris, ils ont alors commencé à venir tromper les gens ici chez-nous en disant que nous payons les impôts, que nous payons pour inscrire un enfant au registre de l’Etat civil alors qu’eux vivent sans toutes ces charges. Ils invitaient la popuation d’aller habiter de ce côté-là. Comme dans un village il ne manque jamais d’irréguliers, le petit-frère du chef KASAWA répondant au nom de MUGALU et deux autres garçons de KASHENGA et YENGA avaient rejoint l’autre rive. L’erreur vient aussi du chef de localité KASAWA le citoyen PIUS parce qu’il était en relation avec eux, ils arrivaient chez lui et lui vendaient les ivoires.

C’est en 1974 que les militaires nous sont arrivés en janvier, ils ont commencé à attraper les chèvres et réquisitionner des porteurs. Le défaut vient de nous-mêmes. Si nos frères nous avaient entendus, s’ils n’étaient pas partis à l’autre rive nous serions sans difficultés. Les militaires sous le premier sergent MUMBA se sont installés à Kasangi, maintenant les vols ont beaucoup diminué. Les mulélistes sont infiltrés jusqu’à Makutano et pourtant nous avons alerté le chef de collectivité mais malheureusement il avait négligé et nous avons été très étonnés. Maintenant on nous a envoyé le Dirigeant Simuko. Ce dernier a pris la décision de faire arrêter tous les suspects.  Il y a trop de menteurs ici chez-nous, ils s’entre-accusent pour certaines rancunes en prétendant que tel ou tel était en relation avec les rebelles. Nous voudrons que Simuko Simuganza devienne le chef de la collectivité parce qu’il ne pourra plus nous abandonner nous les bena-mambwe et toute la population l’aime beaucoup.

 -AU CITOYEN KONI KAHOZI  (Cultivateur) :

 Les difficultés que nous avons découlent de la présence des militaires car depuis qu’ils sont ici, ils arrachent nos chèvres et même si vous leur donnez vous-même quelque chose ils continuent toujours à arracher d’autres biens. Il est très regrettable de constater qu’ils enlèvent même des filles vierges pour les violer. En ce qui concerne l’agriculture, nos produits restent invendus et nos enfants restent sans minerval par manque d’argent. En ce qui concerne les mulélistes, cela est vrai nous montons la garde toute la nuit pour nous protéger parce que nous sommes convaincus que les militaires ne sont pas capables de nous protéger. Nous souffrons beaucoup. Nous avons préparé une chèvre pour vous offrir et voilà que les militaires l’ont arraché, ils disent pourquoi nous allons donner cette chèvre à vous alors qu’eux sont en brousse. Ils ont même forcé un papa d’amener cette chèvre à Masanza et ce papa se trouve ici même

COMPEUPLE : Faites entrer ce papa tout de suite.

 -AU CITOYEN KAHOYO BULIMWENGO  (Juge de localité) :

Citoyen Commissaire du Peuple, lorsque nous avons été informés de votre arrivée, nous avons préparé une chèvre pour vous offrir et pendant que nous faisions les autres démarches, j’ai été appelé par le caporal BONDO qui m’avait ordonné d’amener cette même chèvre à Masanza.

J’ai mis cette chèvre à mes épaules, d’ici nous sommes passés à Kauwa et avant d’arriver à Masanza, la chèvre était morte.

Maintenant le dirigeant KABALO SIMUKO nous a demandé de laisser cette chèvre aux soldats pour qu’ils en mangent mais le chef de collectivité a.i. Tambwe nous a quant à lui ordonné d’offrir une autre chèvre aux militaires parce qu’il prétend que nous avions empoisonné la chèvre morte.

KONI KAHOZI : Nous voudrions que Kabalo devienne notre chef de collectivité mais nous constatons que le chef a.i. TAMBWE cherche des motifs pour l’écarter.

 -A LA CITOYENNE MAMBA BIMULOKO. Epouse du chef de localité PIUS arrêté.

Je suis venue vous informer que dans ce village nous les femmes nous ne savons pas payer le minerval. Nous cultivons beaucoup mais on truque le poid de nos produits parce qu’on prétend que nous sommes mulélistes et que par conséquent on ne nous achètera pas à un prix convenable. Je vous informe aussi que ADISI avait pris mon peson, il m’avait dit qu’il allait s’en servir moyennant un paiement, depuis lors je ne le vois plus. Moi je n’ai plus de mari. Tous mes enfants sont chassés à l’école. En ce qui concerne cette situation, nous souhaiterions que les jeunes Hemba viennent se battre contre les rebelles car nous ne voyons aucune autre issue possible si ce n’est de nous battre nous-mêmes contre eux.  Je vous pose aussi une question : est-il normal que quand quelqu’un a assassiné un autre que les militaires arrêtent tout le monde ?

Ceux qui sont de l’autre côté de la rivière Luika ce sont des frères, ils sont partis d’eux-mêmes de ce côté-là et maintenant on est venu arrêter d’autres personnes dont le chef de la localité de Kasawa, le dirigeant de la JMPR et dix personnes qui sont envoyées en prison à Kalemie. De ce côté-là se trouve mon beau-frère qui est cousin à mon mari et pour cela on a arrêté mon mari le citoyen BILOYA MBWEMBWE (Pius) parce qu’il est membre de cette famille élargie et je reste seule souffrir maintenant avec les enfants.

COMPEUPLE : Vous mentez, j’ai appris que le cousin de votre mari arrivait régulièrement chez vous à la maison, accompagné d’autres pesonnes.

MAMBA B. : Ce n’est pas vrai, ça c’est faux. Mon mari avait reçu de son enfant qui était en Zambie un pardessus et des coupes pour abacost. La cause pour laquelle mon mari souffre c’est parce qu’il est chef de la localité Kasawa. Il a hérité ça de son père. Un vieux qui lui a constesté a demandé aux habitants de ne pas le respecter et lui obéir. Mon mari a été arrêté avec son petit-frère MUYAULI Benjamin, celui-là même qui était parti pour Luika pour construire les cases des militaires. Comme il avait vu la piste des mulélistes là-bas et qu’il les avait informés, ceux-là ont suspecté. Je suis restée seule alors que mes collègues sont restées sous la protection des frères de leurs maris. Je suis guérisseuse, je soigne les maux du bas-ventre et pour cela j’ai fait cultiver un endroit derrière ma maison pour y soigner les gens. Voilà que maitenant on raconte que cet endroit servait pour y recevoir les rebelles qui y mangeaient. C’est LUMEKA, l’auteur de tous ces faux bruits parce qu’il conteste le fait que mon mari soit chef de localité.

Entretien à bâtons rompus

DIRIGEANT SIMUKO, (Dirigeant de la JMPR/collectivité) : Entrant dans la salle dit « cette femme est l’épouse de la personne qui occasionne l’abandon de cette localité par la population. Son mari recevait les rebelles la nuit à sa maison, j’ai des preuves et il y a même un endroit visible derrière la maison. Le chef de localité Pius a reçu les rebelles chez-lui et trompait la population qu’il s’agissait des visiteurs en provenance de Kongolo. Le mobile de son comportement était qu’il voulait devenir le chef de collectivité de Mambwe. Sur nos entrefaites, entra aussi le premier sergent MUMBA qui soutient la version du dirigeant. Je décidais de me rendre à la case du chef de localité pour visiter l’endroit suspecté être le lieu de rassemblement des rebelles. L’épouse du chef de localité faisant partie de notre suite. Une carte me fut tracée pour expliquer la façon dont se faisait l’infiltration des rebelles de l’autre rive de la rivière Luika à la localité Kasawa.

MAMBA B. : Ce n’est pas vrai, cet endroit ne servait pas à recevoir les rebelles.

MUMBA (Premier sergent FAZ) : En effet, même en présence d’ANJAYE, cette femme avait déclaré sans que nous lui posions la question que cette place servait pour lui permettre à soigner les gens.

COMPEUPLE : Où est la deuxième femme du chef de localité ? Elle avait été fortement tapée un jour ?

MUMBA       : Cette femme a déjà fui. Elle avait dilapidé tout son argent. Il est vrai qu’un soldat avait bu ses bouteilles d’alcool et puis avait menacé dela frapper. Ce qui l’avait fait fuir.

MAMBA B. : C’est LUFIMBO qui l’avait frappée après avoir bu sa boisson et surtout lui exiger un zaïre cinquante makuta.

MUMBA       : Depuis l’arrivée de KABALO SIMUKO SIMUGANZA, nous avons le courage,  mais le chef de collectivité ici présent voudrait écarter Simuko. Si cela arrivait, nous aussi nous abandonnerons nos positions et nous rentrerons à Kongolo.

 

c)   LA POURSUITE DU RASSEMBLEMENT POPULAIRE

                  Après cette visite, je regagnais la place publique où je fus accueilli

 de  nouveau par les chansons révélatrices :

 LE CONTENU DES CHANSONS

 « Les mulélistes se sont infiltrés jusqu’ici alors que nous ne sommes pas armés. Personne n’est là pour nous protéger. Heureusement que Simuko est venu et nous sommes en paix. Vous êtes venu jusqu’ici chez nous et vous avez remarqué que nous ne sommes pas mulélistes. Les mulélistes nous dérangent. Réellement, il ne s’agit que des bandits. Nous sommes capables de les chasser de partout si vous nous donnez les armes. Nous vous disons aurevoir en vous disant ceci : Demandez les fusils pour nous car nous voulons aller mourir là où ils sont cachés et quand vous nous donnerez des fusils toute femme qui a quelques fétiches devra aller les montrer au citoyen Kabalo pour qu’on puisse les ensorceler. Nous vous disons aurevoir face à face. Que celui qui a quelque chose à dire le lui dise. Vous qui buvez l’alcool et faites des bruits par après et qui volez aussi qu’en dites-vous aujourd’hui ? Vous les Bena-Mambwe, ne continuez plus à mentir.

SWANA (Capitaine FAZ) : Faites tout citoyen Commissaire du Peuple pour maintenir SIMUKO dans la collectivité de Mambwe, il est très vigilent, il mérite même la place de chef de collectivité. Depuis qu’il est présent ici, même nous les militaires nous nous sentons en sécurité. Maintenant les gens de l’autre côté dela Luika ont peur car ils sentent qu’il y a de l’ordre ici. Avant de partir, vous passerez d’abord chez-moi, Citoyen Commissaire du Peuple.

KALUNGA MBAYO KAHENGA, Dirigeant Adjoint :

 Nous n’avons pas d’attestation de la J.M.P.R. et quand nous allons à Kongolo, nous nous faisons arrêter par nos collègues de la J.M.P.R. Depuis que Kabalo est venu, nous sommes en paix parce qu’avant les hors-la-loi envoyaient des pygmées comme éclaireurs. Ceux-ci arrivaient jusqu’au dispensaire où ils se faisaient des amitiés avec les gens et  puis ils ramenaient les noms de l’autre côté. Nous avons aussi les difficultés en ce qui concerne les impôts. Le chef a.i. amène des militaires dans les villages pour arracher les chèvres, vous connaissez que les chèvres c’est notre richesse. Nous avons besoin des fusils car nous sommes prêts d’arriver à Rossa. D’ailleurs nous avons déjà été là avec l’adjudant YAFARI comme porteurs. Les militaires ne font rien, ils disent que nous devons nous battre nous-mêmes contre les rebelles, sans armes. Nous ne voulons plus que Simuko rentre à Kongolo. Nous devons rester avec lui ici comme dirigeant.

Il a fait un effort ; nous avions peur avant mais plus maintenant, et nous sommes plus que déterminés à combattre les mulélistes.

Le chef Tambwe, lors de son passage dans le village de Yenga dans le cadre de percevoir la C.P.M. a emporté beaucoup des chèvres qu’il arrachait arbitrairement à la population.

COMPEUPLE : Comme je vous le disais encore et ne cesse de le répéter, les militaires sont votre protection. Certes, il y a eu parmi eux des éléments indisciplinés, qui ne sont sous le contrôle de personne ou tout simplement difficile à contrôler, ce sont ceux-là qui se livrent à des actes de banditisme tels que violer les filles etc.

MUMBA       : (Sergent des F.A.Z.). Citoyen Commissaire du Peuple, il y avait ici un 1er sergent du nom de SANGWA, un muhemba, un homme très brutal qui a pas mal fait souffrir la population. Je vous assure que le jour où KABALO va partir d’ici et nous laisser dans la même situation, nous allons encore souffrir beaucoup. Il faut que le chef s’arrange pour se mettre d’accord avec lui. C’est lui SIMUKO qui organise tout dans la collectivité.

Le chef actuel n’est pas encore confirmé dans ses fonctions. Si Kabalo était là depuis le début de la rébellion, ce serait terminé à Makutano, nous travaillons en étroite collaboration avec lui. Il faut qu’il revienne afin que nous fassions ensemble les patrouilles. Maintenant il est appelé à Kongolo, nous vous le disons à vous qui êtes supérieur au Commissaire de Zone, il faudra donner l’ordre que KABALO revienne à Makutano. Le départ de SIMUKO d’ici signifie découragement de tous les éléments des F.A.Z. que ce soient de Zongwe, Kayumba, Masanza et d’ailleurs Il ne faut pas tenir compte des rencontards. Le chef est en train d’accuser le citoyen Kabalo et adresse des lettres à la zone pour demander son départ de Makutano. Ce garçon nous aide énormément, il ne faut pas qu’il rentre à Kongolo. Ses éléments sont même parvenus à arrêter un muléliste sans le concours de soldats. Tous les fétiches qu’il cherche c’est pour l’unique but de protéger le pays des rebelles, il faut nous venir en aide. D’autre part, si les militaires sont joyeux aux positions, cela dénote que la façon de leur travail est meilleure Vous, vous êtes Commissaire du Peuple non des civils tout simplement mais aussi des militaires. Nous vous demandons de venir nous voir aussi, pour que nous vous soumettions nos rapports, car nous avons aussi nous-mêmes nos difficultés. Ne nous oubliez pas dans votre programme.

COMPEUPLE : Vous êtes sûr que si la population avait des fusils, vous pouvez combattre et chasser les rebelles ?

MUSINDE : Oui, nous ferons tout cela. Puis nous voulons avoir des tracteurs et que les routes soient entretenues. J’ajoute aussi que le coton est acheté avec trop de retard et que les militaires nous dérangent beaucoup par nous demander des chèvres.

KITAMBALA KABUYAYA : Nous cultivons le maïs, les commerçants achètent à un prix inférieur que celui fixé par le Gouvernement. Le coton n’est pas acheté à temps ; on nous dérange aussi pour nos palmiers en nous faisant payer des taxes d’abattage des palmiers. Les chèvres que nous élevons sont arrachées par des militaires, maintenant on nous réclame des chèvres même quand vous arrivez en retard à la patrouille.

Nous ne refusons pas de payer l’impôt mais maintenant quand vous n’êtes pas prêt à payer l’impôt, le chef ordonne qu’on attrape vos chèvres. Ce qui n’est pas bien

CAPITAINE : Voyez aujourd’hui que le Commissaire du Peuple est arrivé ici vous avez dit beaucoup de choses mais surtout de vos chèvres qui sont arrachées par des militaires… Oublions tout le passé, pensons à l’avenir…

COMPEUPLE : Je suis très content de ce que le capitaine vient de dire, oublions le passé pensons à l’avenir…

Les militaires doivent protéger le pays, la population ainsi que ses biens. Et la population doit aider les militaires. Si un militaire commet une faute, vous devrez dénoncer auprès de ses chefs pour qu’il soit sanctionné. A cause de votre  peur, au lieu de dénoncer les rebelles, vous les cachez, voyez maintenant les difficultés énormes que vous avez endurés. Une autre vie doit commencer maintenant grâce à la collaboration entre les militaires et vous.

 

Paragraphe 3     MA NUIT  A  ZOLA

            Il était tard dans la soirée lorsque nous quittâmes Kasawa pour rentrer à Makutano, comme le programme du lendemain prévoyait un rassemblement à Zola, je  décidais de passer la nuit à Zola. La population y était déjà nombreuse, je constatais même la présence du groupe choc de collectivité. Toute la nuit, je m’entretenais avec beaucoup de responsables sur la situation au front.  Ce qui me poussa le matin à rejoindre Masanza, une importante position des militaires au bord de la rivière Luika. Mon chauffeur n’en revenait pas, il voulait même se rebeller car Masanza étant une position du front un danger pouvait subvenir.

 

a)      LE DEPLACEMENT MATINAL DU 19/01/1976 POUR MASSANZA

            C’est tôt le matin que nous atteignîmes Massanza où je présidai un rassemblement à l’intention des militaires du M.P.R., éléments de nos forces armées zaïroises. Le capitaine SWANA MULOPWE nous avait introduit.

CAPITAINE : Nous avons la chance aujourd’hui d’accueillir au front pour toute la première fois un Commissaire du Peuple et nous allons causer avec lui.

COMPEUPLE : Dans ma tournée, j’ai voulu voir et visiter tous les endroits pour connaître tout ce qui s’y passe. Le M.P.R. rassemble tout le monde, les militaires comme les civils. C’est pour cela que j’ai vu qu’il était nécessaire de vous visiter aussi. Je suis très content de vous trouver dans une situation où vous êtes prêts à combattre l’ennemi s’il se manifestait. Ma joie était grande lorsque j’ai vu les éléments de la J.M.P.R. dans une vigilence tout azimut et sûrement avec votre collaboration ensemble vous pouvez mettre en déroute les hors-la-loi à Rossa comme à Hewa-Bora.

L’armée a sauvé notre pays de ses difficultés et nous plaçons beaucoup d’espoir en l’armée pour la protection de la population et de ses biens et la population doit aider l’armée. Je visiterai votre camp et tiendrai directement une séance de travail avec vous afin que vous ayez l’occasion de m’informer de toutes vos difficultés que j’irai soumettre à mon tour à vos supérieurs.

                Avant même que j’entame ma visite, les militaires brûlaient déjà d’envie de me poser des questions.

 

LES DOLEANCES DES SOLDATS DES F.A.Z  A MASANZA.

MIGABU (Sergent Major): Nous n’avons pas de souliers pour marcher en brousse et puis nous n’avons qu’une seule tenue.

MUMBA (Premier sergent) : Nous n’avons que de vieux fusils et de surcroît des Mozer, nous n’avons que trois F.A.L. alors que nous sommes à la frontière, nous manquons des munitions. En ce qui concerne les plaintes de la population, nous n’arrachons pas des biens de la population, ce sont des mensonges.

BAKWAZADA BEGA (Caporal): Ici à l’opération où nous nous trouvons c’est pour le bénéfice du pays, nous sommes en brousse depuis beaucoup de jours mais quand nous tombons malades, il n’y a pas de médicaments, même pas un comprimé de quinine, qu’allons-nous faire ? On nous met en brousse comme si nous étions des bêtes. Citoyen Commissaire du Peuple, comme nous devons vous donner le rapport, vous, notre supérieur, vous avez des enfants, vous envoyez certains au travail et depuis que nous sommes venus, c’est seulement nous autres et pourtant vous le papa vous savez très bien que les enfants qui sont restés au village n’ont même pas un travail. Vous n’allez pas songer que ceux que j’ai envoyé doivent se reposer aussi et que par conséquent qu’ils soient aidés au travail par d’autres ?. Nous avons fait six ans, nous ne recevons pas de ration, nous n’avons rien.

COMPEUPLE : N’avez-vous pas l’autorisation de traverser la rivière Luika ?

CAPITAINE : Non, mais ça dépend de l’Etat-Major à Lengwe.

COMPEUPLE : Si avec la collaboration de la population, vous alliez à Rossa, vous les militaires devant, les éléments de la J.M.P.R. derrière, vous chassez ces hors-la-loi, cette guerre prendra alors fin et vous rentrerez chez-vous

MILITAIRE : Aller de l’autre côté c’est bien. Notre commandant est ici. Nous ne restons pas seulement sur place. Nous nous déplaçons partout et nous avons déjà chassé les hors-la-loi de trois villages

MUMBA (Premier sergent) : Si nous quittons ici pour les suivre là-bas nous n’allons pas nous entendre, parce que les rebelles sont dans la zone de Kabambare et les militaires de là ne font rien …

COMPEUPLE : Comment savez-vous qu’il y a quelqu’un qui est mort de diarrhée de ce côté là ?

MUMBA : Ce sont les femmes qui avaient été enlevées à Makutano qui, à leur retour, nous avaient dit qu’elles étaient accompagnées par Faustin (MUGALU) et d’autres éléments. Dans la zone de Kabambare il y a le septième Bon G.D.

COMPEUPLE : Avez-vous un appareil émetteur

CAPITAINE : Oui il y a un émetteur.

COMPEUPLE : Vous avez des femmes ici ?  Comment vous mangez ?

MILITAIRE : Non, les femmes sont à Kongolo. Vous voyez nous cultivons les champs au front dans le but de manger le sombe.  Nous n’avons pas de véhicule. Tout le bataillon n’a que deux véhicules.

            Vint alors la visite du bivouac. Je visitais certaines de 24 maisonnettes construites avant de leur dire aurevoir. Les militaires m’avaient réservé une surprise en m’offrant une chèvre, malheureusement, après que je leur ai donné un peu d’argent pour qu’ils achètent à manger en souvenir de notre rencontre.

 

b)      MA VISITE A ZOLA DE L’ECOLE PRIMAIRE

            Après la visite de Massanza nous rentrâmes à Zola où dès l’entrée du village, les femmes des enseignants nous barrèrent la route. Je me mis à visiter l’école primaire de Zola.

COMPEUPLE : Vous avez combien d’élèves ?

DIRECTEUR : Avec ses succursales, l’école de Zola compte 480 élèves.

         Il y avait très peu des filles à l’école. Séance de gymnastique.

Etablissement, toit en pailles sans murs, des bancs sont de branches d’arbres : 3è, 2ème, 4ème  A, 4ème  B, 5ème  A ; 5ème  B ; 6ème ,

COMPEUPLE : Vous avez de manuels pour le maître et les élèves ?

DIRECTEUR : Pour les élèves non, le maître est obligé d’écrire le texte au tableau.

COMPEUPLE : Où est-ce que vous achetez les ardoises ?

DIRECTEUR : à Kongolo.

COMPEUPLE : Au degré élémentaire, quelle est la langue usitée ?

DIRECTEUR : Swahili. Ici les élèves ont travaillé. Avec les fruits de récoltes nous avons eu de l’argent et les élèves auront les bulletins gratuitement. Cette année les élèves n’ont pas payé le minerval. Les parents payent difficilement.

COMPEUPLE : Il y a la leçon de calligraphie en 2ème ?

DIRECTEUR : Comme telle, cette leçon ne se donne pas en deuxième.

COMPEUPLE : Vous avez reçu les timbres de minerval ?

DIRECTEUR : J’étais à la Zone cette année, ils n’ont encore rien reçu pour l’année scolaire 1975/76.

MON ENTRETIEN AVEC LES ELEVES.

COMPEUPLE : Personnellement, je vous salue au nom du Président de la République, le Citoyen MOBUTU SESE SEKO. J’aurai voulu m’entretenir avec les élèves de la sixième, leur tenir une conférence, causer avec eux, mais maintenant je n’ai plus assez de temps, je suis aussi attendu à Makutano. Si vous avez suffisamment du temps, vous pouvez organiser un groupe d’élèves avec lesquels je vais causer à Makutano au sujet de l’école. Le pays a besoin de la jeunesse estudiantine qui est le Zaïre de demain. Vous devez être vigilents, dénoncer les voleurs, les gens qui cachent chez-eux des rebelles etc. Soyez tous vigilents, jeunes ainsi que les adultes, les hommes comme les femmes.

                 Après m’être entretenu avec les élèves, je m’entretenais aussi avec les enseignants.

MON ENTRETIEN AVEC LES ENSEIGNANTS

COMPEUPLE : J’aurai voulu avoir aussi un entretien avec tous les enseignants avant de partir d’ici. La jeunesse que vous éduquez est très nécessaire, c’est l’avenir du pays. Vous avez tous participé au vote dernièrement, j’ai été aussi voté dans la circonscription de Tanganika. Nous avons un mandat national. J’ai accepté moi-même de venir me rendre compte de la situation ici chez-nous. On m’a interdit de passer la nuit à Makutano. J’ai tout fait pour venir jusqu’à Massanza. J’ai tout fait à Kinshasa avec la collaboration d’autres frères en ce qui concerne le développement d’ici, avec les amis de l’UNAZA, là même que je suis parvenu à résoudre les problèmes les plus difficiles. C’est pire, si les instances supérieures savaient que les habitants de la collectivité de Mambwe sont des mulélistes. Les prêtres vont fuir, le dispensaire va cesser d’exister et finalement les écoles aussi. Toute la collectivité pourrait être abandonnée. Dites-moi tous vos problèmes sans rien me cacher.

DIRECTEUR : Les constructions s’abîment. Nous avions de l’argent que les pères ont amené à la sous/région lorsqu’ils sont partis d’ici. Nous ne savons plus ce que nous pouvons faire pour reconstruire. Les écoles se détériorent.

Nous n’avons même pas moyen d’écrire ou de nous déplacer.

COMPEUPLE : C’est triste tout cela, mais avant d’attendre les moyens qui pourront vous être accordés par l’Etat, il faut d’abord commencer par vous sacrifier, par exemple envoyer un garçon avec votre vélo etc.

DIRECTEUR : Il y a trop d’enfants dans cette collectivirté. Il faudrait des enseignants dans chaque localité. Le nombre d’effectifs fixé par le Gouvernement est insuffisant, nous voudrions qu’on nous autorise à recruter de nouvelles unités. Veuillez être notre interprète auprès des autorités intéressées pour que ces dernières nous autorisent à engager des nouvelles unités.

COMPEUPLE : Je vous ai demandé de m’envoyer un  état de besoin bien détaillé, un rapport également détaillé, alors je saurai comment il faut lutter pour que l’Etat vous vienne en aide, nombre d’élèves, enseignants, villages, ainsi de suite. Pour que j’aie des éléments me permettant de mener à bien ma tâche.

MWEHU ATUMBWE : (Enseignant). Les mulélistes, puisqu’ils sont encore ici, il n’y a pas ici un moyen de mettre fin à la rébellion ?

COMPEUPLE : Vous avez combattu à Lengwe, Nyembo, N’kuvu, pourquoi n’iriez-vous pas chasser les rebelles ?

 

c)      LE RASSEMBLEMENT POPULAIRE

            Après la causerie morale en l’intention des enseignants, je rejoignais la place publique de Zola où la population m’attendait depuis le matin.

130 animateurs et animatrices de la collectivité chantaient «  MOBUTU hye, ye, hi, hii, yollele Mambwe, bana baoli mulila ! ». Mobutu, à Mambwe, les enfants pleurent ! Je m’adressais à la population comme repris ci-dessous:

COMPEUPLE : Chers frères, les uns parmi vous m’ont déjà vu. Je suis venu à Zola pour vous voir. Le Président de la République nous a demandé chacun des Commissaires du Peuple, de se rendre personnellement compte de difficultés et de la joie de la population. Je constate qu’ici à Mambwe il y a encore certains problèmes. Je viens de Massanza où je suis allé visiter  nos miltiaires. Nous avons parlé de beaucoup de choses dont la collaboration entre la population et les militaires pour que nous soyons capables de chasser les rebelles de Rossa et d’autres localités. Les militaires ne sont pas venus pour vous arracher vos biens, mais bien au contraire pour vous protéger. C’est pourquoi nous demandons qu’il y ait une collaboration entre la population civile et les militaires, sans quoi la tâche des militaires sera rendue très difficile. Si les militaires manquent de quoi manger, il faut les ravitailler en leur fournissant de quoi manger, ils peuvent acheter avec leur argent. S’ils demandent quelque chose, il faut la leur donner, parce qu’ils sont venus ici pour vous, pour votre intérêt et pour votre protection. Je termine par vous demander de venir me soumettre tous vos problèmes.

KAPALAYI ZINDA  (BUGALWAMBA) : Nous n’avons pas d’autres problèmes capitaux à vous soumettre si ce n’est l’infiltration des rebelles. Les militaires sèment aussi certains désordres, ils ne s’entendent pas avec la population. Quand vous leur donnez une chèvre, ils vous disent que ce n’est pas suffisant et quand vous protestez pour leur donner une autre, on vous frappe. En ce qui concerne le coton, les réceptionnaires truquent les pesons à telle enseigne qu’ils nous volent beaucoup de kilos, et puis le coton lui-même n’est pas acheté dans les dates prévues dans le calendrier. Nous n’avons pas beaucoup de revenus, les chèvres font partie de nos richesses et les militaires se mettent à nous les arracher sans oublier que ces rebelles sont aussi des voleurs. Nous demandons des fusils pour que nous puissions combattre nous-mêmes les rebelles. Mais nous avons quand même la paix depuis l’arrivée du Citoyen KABALO, et puis le chef de collectivité ne doit pas participer lui-même aux opérations d’acquittement des C.P.M.

TAMBWE MASHITAKI MUBANZI KIYA : Le problème des mulélistes nous met très mal à l’aise. Les militaires au lieu de combattre les rebelles, se mettent à faire souffrir la population. Ils se rendent partout dans la collectivité pour arracher des chèvres à leurs propriétaires.

Ils ont même constitué un tribunal militaire où sont jugés les civils. Et puis nous avons aussi des difficultés en ce qui concerne nos produits agricoles qui ne sont pas achetés ou achetés avec un très grand retard.

KABALO  (Dirigent) : Il y avait beaucoup de femmes à Massanza, les femmes des militaires venues de Kongolo. Il y a aussi quelqu’un qui est aux arrêts et qui m’a laissé entendre que son affaire est tranchée, qu’il est libre mais réside pour le moment chez le 1er Sergent MUMBA. Le différend était né lorsqu’il ne voulait plus continuer à extraire le vin de palme pour les miltiaires qui le buvaient sans payement.

TAMBWE : Les chèvres sont notre richesse. A l’école, nos enfants cultivent de grands champs de maïs, de coton, etc. et tous ces produits sont aussi vendus mais où va l’argent ? Et puis il y a autre chose : quand le chef de localité ou le dirigeant doit payer une amende à la collectivité, il vient demander à la population de cotiser, est-ce normal ? L’autre jour le chef a été arrêté ainsi que son dirigeant, amenés à Zola, ils font une lettre dans laquelle ils demandent à la population de cotiser 50 K. chacun, nous avons eu ainsi 35 Zaïres et envoyé à Zola. Où est parti cet argent ?

MUKAMBA MALISAWA (Chef de localité Yenga : Il est vrai que les mulélistes nous dérangent et que nous pleurons tous notre ancien chef SIMUKO qui est décédé. Les mulélistes nous arrachent même nos enfants et les militaires nous mettent aussi très mal à l’aise en se servant de nous comme des esclaves. Avant, toutes les chèvres qui devaient être amenées aux militaires étaient rassemblées auprès du chef de collectivité, mais maintenant l’actuel chef de collectivité vient avec les militaires dans les villages où il les ordonne d’attraper n’importe quelle chèvre et n’importe quelle poule. C’est pour cela que nous sommes dans d’énormes difficultés parce que les chèvres c’est ça notre richesse. Nous hésitons de vous dire d’ailleurs toutes les vérités parce qu’après votre départ, le chef TAMBWE et ses militaires vont nous maltraiter. En ce qui concerne l’agriculture, nous vendons ici un sac de maïs de 100 kilos à 300 makuta seulement et cela nous appauvrit beaucoup. En ce qui concerne les mulélistes, nous sommes prêts à les combattre et les chasser de partout où ils sont, mais malheureusement nous ne sommes plus armés comme auparavant.

NYEMBO MASHITAKI (Conseiller Zola) : En ce qui concerne le problème d’écoles, vous avez vous-même pu vous rendre compte des efforts fournis par nos enfants en cultivant les champs d’école. Mais où est amené l’argent procuré par la mise en vente des produits agricoles de ces champs ? On nous oblige par la suite de payer le minerval. On nous a aussi demandés de contribuer pour la construction du C.O. nous l’avons fait mais nous sommes fort étonnés de constater que le C.O. n’ouvre pas ses portes. Les produits de nos champs ne sont pas achetés ou pas à temps. Nous entretenons nous-mêmes les routes et les ponts, nous scions nous-mêmes les planches et nous ne sommes pas payés.

Aussi nous avons construit des maisons à Makutano pour que les malades de nos villages y vivent durant leur durée de l’hospitalisation. Nous sommes très étonnés maintenant lorsqu’on nous informe que chaque malade devra payer deux makuta par jour. Les travaux publics nous empêchent de cultiver et ces travaux nous les faisons tant à Makutano qu’à Massanza.

COMPEUPLE : Reveillez-vous. L’heure pour se réveiller est arrivée, quand vous devez donner des chèvres, il faut les amener au chef de localité qui, à son tour, les amènera au chef de collectivité. Réveillez-vous !

SAFI ET BIMULOKO KABWENDE : Les articles du magasin coûtent très cher : sel, savon, allumettes alors que les produits des champs ne coûtent presque rien et cela nous fait regretter.

COMPEUPLE : Les dirigeants ne font-ils pas d’effort pour contôler le prix ?

SAFI et BIMULOKO KABWENDE : Les établissements KIBWE SAKINA baissent les prix pour le maïs qu’ils nous achètent : un kilo de coton revient à  4K, un petit savon pourtant coûte 30 K au magasin, un verre du sel 30 K, ce n’est pas les dirigeants du M.P.R. contre lesquels nous pouvons nous en prendre mais plutôt les commerçants eux-mêmes parce qu’ils nous disent que c’est le gouvernement de MOBUTU, chacun doit fixer son prix librement comme il le souhaite.  Intervenez pour nous et même pour les habits, car les prix sont fort élevés.

MAYAMBI LUMBU : (Cultivateur localité Kilembwe II). Nous vous informons qu’il y a maintenant deux bureaux dans la collectivité de Mambwe, un à Massanza et dirigé par le premeir sergent MUMBA où chacun doit payer 10 Zaïres d’amende avant d’être entendu et l’autre  à Makutano. Les litiges jugés à Massanza concernent les chèvres. MUMBA et ses soldats réclament des chèvres. J’aimerais savoir aussi si au Zaïre on ne peut plus être entendu devant un tribunal car au bureau politique de KABALO dès que vous y arrivez vous êtes jeté en prison.

COMPEUPLE : Pour quel genre de problèmes comparaissez-vous devant KABALO ?

MAYAMBI : Tous les problèmes ayant trait à la vigilence. Si vous vous rencontrez avec eux la nuit et que vous n’avez pas dit le mot « Halte ! » on vous tabasse directement. Enfin, nous les Bena-Mambwe nous n’allons plus épouser parce que le chef actuel arrache toutes nos chèvres etles poules.

COMPEUPLE : Voulez-vous me dire dans le cadre de vigilence si pour mon arrivée on a réclamé des chèvres ?

MAYAMBI : Oui, on a réclamé beaucoup de chèvres, presque 35, chaque localité a offert une chèvre, ensuite chaque localité devrait offrir une chèvre pour les enfants qui apprennent la boxe. Nous souffrons beaucoup et cela pousse à nous jeunes de quitter les villages pour les centres. On arrache trop nos biens. Ne pouvons-nous pas avoir la poudre à canon ?

KALUNGA MASHITAKI  (Dirigeant localité Zola) : Nous les éléments de la J.M.P.R. nous réclamons les tenues (uniforme). Il n’y a pas moyen de nous distinguer ici dans la foule. Nous n’avons pas d’attestation de service et nous nous faisons arrêter plusieurs fois par des militaires. De même les militants de la JMPR sont arrêtés parce qu’ils ne payent pas l’impôt. Or, ils font parfois 5 ou 7 jours à Makutano et reviennent sans être payés du tout et après on nous arrête à cause de l’impôt.

MUNYAMA KAYEMBE  (Cultivateur Luhundu) : Nous souffrons beaucoup à cause des rebelles et quand les militaires sont arrivés, nos souffrances n’ont fait que s’accentuer. La situation reste inchangée jusqu’au jour qu’est arrivé ici chez-nous le Citoyen KABALO. C’est pour cela que nous demandons qu’on nous donne ne fût-ce que 5 fusils. Nous sommes capables de poursuivre ces hors-la-loi dans leurs repaires et les chasser. Les articles du magasin coûtent très cher, une pièce Wax 15 Zaïres, savon 30 K etc. Les prix de nos produits des champs sont fixés par les commerçants et cela d’une façon arbitraire, 2,50 Z ou 3 Z un sac de maïs pesant 100 kilos et si vous vous opposez à ce prix, ils n’achètent pas et à cause du manque d’argent, nous ne pouvons rien faire d’autre que céder. N’y a-t-il pas moyen de faire en sorte que les prix de nos produits agricoles soient fixés par nous-mêmes ou par une commission mixte ?

 

d) L’AUDIENCE ACCORDEE AU GROUPE DE PERSONNES QUIAVAIENT ETE ENLEVEES A MAKUTANO LE 10/10/1975.

Protais-Lumbu1

 MULEMBO MBALI  montrant une note : Le capitaine veut nous arracher cette note de libération prétendant qu’il veut aller montrer au colonel (lettre n° 00001/S.2/76 du 7 janvier 1976 signée par l’adjudant ANGALIKIYANA KASOSOLI dont l’objet est la libération de MWANGE KINGOMBE, MWANGE KINGUMBU, LUMBU POMBO et LUMBU KASENZI).

COMPEUPLE : Je prends cette note ou plutôt je note le numéro de la lettre de libération car j’irai le présenter chez le colonel à qui je demanderais de ne plus vous inquiéter.

MULEMBO MBALI (Mari de l’enlevée Mwange Kingombe et père de l’enfant de celle-ci, né, le 26/10/1975 à Rossa) : Le problème que nous avions soumis au Commissaire de zone en ce qui concerne notre aide par la collectivité n’a pas de suite jusqu’à ce jour.

 COMPEUPLE : Je m’y attendais. J’irai quant à moi demander cette aide au niveau national et pour l’avoir, je sais que je devrais taper fort, faire des bruits partout. Faites donc le rapport de toutes vos dépenses.

            Mais peu avant cette causerie, je m’étais entretenu avec le capitaine au sujet de ces enlevés et de la réquisition des militaires. Le capitaine m’avait affirmé que le chef de collectivité n’était pas compréhensif, il voudrait faire tout ce qu’il veut. Alors que la competence, en ce qui concerne la réquisition des militaires ne concerne que le Commissaire de zone à qui il est autorisé de le faire verbalement ou par écrit. Au sujet des enlevés, le capitaine m’avait affirmé que leur famille était à poursuivre sérieusement car elle avait été ravitaillée par des paniers de viande. Le capitaine conclut qu’il tenait à recevoir les enlevés pour les envoyer à Lengwe où ils pourraient obtenir leur libération auprès du colonel.

KASENGENEKE MWALU WA LUH, Beau-père de l’enlevée Mwange Kingombe  : (Présentant une note) : Massanza le 29/12/1975.

                                               Au Citoyen Chef TAMBWE et Dir. JMPR Zola.

 

“Natindi sgt. SHELO

            1 Cl. LOFINDA

 

Natindi bango noki bakende kukamata basi mi satu na ndengi babimaki baso noki, mwana moko ya mobali wana baya sika oyo na Maboke,  tina, nakuya kuna kupanza  mbuka wana ya Nyembo nde nakende na bango na Lengwe.

                                   Add. Chef comd. 2 ND 3/8 Bon. »

  J’envois Sgt SHELO, 1 Cl LOFINDA. Je les envois rapidement qu’ils aillent arrêter trois femmes telles qu’elles sont toutes sorties de la brousse et un garçon. Qu’ils viennent maintenant même à Maboke, jusqu’au moment que je viendrai détruire ce village de Nyembo, alors je me rendrai avec eux à Lengwe.

                        Add chef Comd 2 ND 3/8 Bon.

 KASENGENEKE M. : Je vous ai montré cette lettre pour que vous puissiez vous rendre personnellement compte de la situation ici, comment nous vivons dans l’insécurité totale. Les catéchumènes ont fait fuir leurs enfants en brousse. Tirés par les chasseurs, 10 se trouvent déjà à Rossa où est morte la femme du chef, tuée par ses frères là-bas même. J’ai déjà dépensé ainsi plus de 35 Zaïres pour l’acheminement de ces gens jusqu’ici.

COMPEUPLE : Je me suis déjà entretenu avec le capitaine qui s’est étonné de constater que les enlevés avaient déjà eu une note de libération, il ne leur veut aucun mal, il sait que vos enfants se trouvaient du côté des mulélistes et il voudrait absolument les voir et les entendre afin d’avoir quelques renseignements. Je ferai tout moi-même pour trouver une solution à tous vos problèmes. Je vais parler pour vous.

MAMA DAPHROSA : Lorsque je cherchais les enfants j’étais en deuil.

COMPEUPLE : Qu’est-ce que le chef vous a raconté ?

MAMA DAPHROSA : Il me dit aujourd’hui qu’il a à me dire et me demande qu’on aille avec lui chez-moi.

COMPEUPLE : Qu’est-ce que vous pensez au sujet du secret de Mademoiselle et de notre souhait du retour des religieux à Makutano? La collectivité est prête. Votre retour sera un signe d’encouragement.  Je vais demander à Mgr. le retour de prêtres et des sœurs.

MAMA DAPHROSA : Mademoiselle ne connaît pas de secret. Depuis le départ du fils du chef de l’autre côté, la situation est devenue très mauvaise ici. Les mulélistes sont arrivés à Kasawa chez le chef de localité PIUS, c’est lui qui tenait des réunions avec les rebelles et les logeaient chez-lui. Il faut demander à PIUS et KILIMA comment avaient commencé leurs relations. Tout ce que vous a raconté la femme de PIUS est faux. Les mulélistes arrivaient bel et bien chez elle, dont TUMBA Jérôme qui est le secrétaire des rebelles. Si vous posez la question à KILIMA il vous dira bien que TUMBA avait passé nuit chez PIUS. Ceux qui vont de l’autre côté de la Luika ce sont des personnes qui n’ont pas la possibilité de payer l’impôt et autres taxes. Ils ont été intéressés par les rebelles parce que de leur côté ces exigences n’existent pas.

 

e)    LE CONTENU DE NOTES M’ADRESSEES

                Je reçus aussi des lettres dont le contenu ci-dessous:

 Zola, le 19 janvier 1976.

 Citoyen Commissaire du Peupe,

Daigne votre bienveillance, recevoir les questions que nous vous adressons par ma présente lettre :

            1°) Que devons-nous faire de notre élevage de chèvres, poules etc. cette question parce que lorsque les militaires nous demandent à manger, nous leur donnons une ou deux chèvres, mais le jour de leur départ ils arrachent beaucoup de chèvres par force. Quand vous voulez protester, vous êtes fort battu et on vous inflige de payer des fortes amendes ;

            2°) Les militaires sont-ils venus tuer la population qu’ils prétendent protéger ?

            3°) Nous demandons des fusils pour que nous puissions aider les militaires à combattre ces ennemis de notre paix ;

            4°) Le Chef de collectivité actuel est un chef qui n’est pas digne de son poste, parce qu’il ne s’occupe pas de protéger les biens de la population, car il ordonne parfois lui-même aux militaires à se saisir de chèvres. Voilà exposées nos quelques difficultés.

 

                                                           Sé/Les chefs de localités groupe C. Mambwe

                                                           (Kilungu).


                                                                       Zola, le 19 janvier 1976

 

Citoyen Commissaire du Peuple,

En votre qualité de mandataire de notre Président de la République, nous sommes très contents de vous exposer nos problèmes et suggestions. C’est d’ailleurs la première fois qu’un Commissaire du Peuple arrive ici chez-nous depuis 1965.

 

Nos suggestions

a) Nous demandons de l’aide pour réfection des routes et la réparation des ponts. Qu’on remette les cantonniers au travail.

            En ce qui concerne l’agriculture (ONAFITEX et ONACER) notre collectivité est très fertile (palmier, coton, maïs, arachides, riz) mais nous avons beaucoup de regrets parce que nos produits des champs sont achetés avec beaucoup de retard et à un prix très bas et par manque d’argent nous éprouvons des difficultés pour nous acquitter de nos obligations publiques (impôt, minerval) nous éprouvons aussi d’ailleurs beaucoup de difficultés pour nous acquitter de nos obligations familiales.

b) En ce qui concerne la vie sociale, notre devise est « PAIX, JUSTICE, TRAVAIL » mais dans la collectivité de Mambwe les décisions de l’Etat ne tiennent pas compte du bien-être de la population mais plutôt on cherche à l’exploiter (manque d’organisation, collaboration avec le bas-peuple) pour les cas de mobilisation et cotisation. En ce qui concerne le problème des rebelles nous vous implorons afin qu’une aide soit accordée aux militaires tout comme à tous les éléments de la J.M.P.R. qui s’occupent de la sécurité en étant armés que des arcs, des flèches, des lances, des machettes et de fusils à piston. Nous souhaiterions que la direction soit assurée par le dirigeant de la JMPR collectivité qui a déjà prouvé son savoir-faire. En ce qui concerne les écoles et vous avez d’ailleurs eu l’occasion de visiter notre école, nous regrettons qu’il n’y ait toujours pas de constructions durables tout comme d’un cycle d’orientation ou cycle long dans toute la collectivité. En ce qui concerne la santé, le départ de Mademoiselle nous attriste toujours car les maladies et les décès se sont énormément accrus. Nous souhaitons que vous soyez notre interprète afin qu’un médecin soit envoyé à Makutano pour s’occuper de nos soins et que ça soit une personne consciencieuse.

            Nous vous remercions beaucoup pour votre arrivée que nous considérons comme notre salut et nous vous souhaitons d’agréer les idées des chefs des localités groupe C. de Zola.

 

 

Paragraphe 5.    MON   RETOUR A MAKUTANO.

a)i       LA VISITE DE LA PAROISSE

            De Zola, je regagnais Makutano où ce soir même une séance de travail avec les enseignants devait avoir lieu, mais tout d’abord je visitais la concession des religieux de Makutano.

Constat d’une maison des abbés, du couvent des sœurs, du moulin et réfectoire et un bâtiment avec un dortoir.

 

ENSEIGNANT : Je vais vous donner l’idée de ce moulin. C’est une sorte de coopérative entre les sœurs et les enseignants.

UN BATIMENT DE C.O. : Deux classes avec deux professeurs.

COMPEUPLE : Comment sont les structures d’accueil ici, ça va bien ?

PROFESSEUR : Oui, ça va très bien.

L’ELEVAGE DE PORCS POUR LES SŒURS

15 porcs, quelques-uns  atteints par la verminose.

DISPENSAIRE : Maternité avec 2 chambres et une salle commune, cuisine, W.C., pharmacie qui avait été défoncée par les rebelles.

LE VILLAGE DES MALADES

            14+14 = 28 maisons chacune avec 2 chambres.

L’INTERNAT DES GARCONS

            La maison est déjà détruite.

L’ECOLE : Un bâtiment en construction par le concours de la population. Les murs sont achevés, il reste la toiture : 4 salles.

CHAMPS SCOLAIRES

            100×200 m et 100×250 m.

ENSEIGNANT : On s’est découragé pour la culture de coton, on truque la balance ainsi nous sommes trop volés par les agents réceptionnaires. Nous avons abandonné le coton, nous avons le maïs, le manioc ainsi de suite.

COMPEUPLE : Ne vous découragez pas, car les affaires vont s’arranger tout de même.

 

b) MON ENTRETIEN AVEC LES ENSEIGNANTS DE L’ECOLE PRIMAIRE LAGILO ET LES PROFESSEURS DE C.O.

 

Lecture d’une lettre par le Directeur dont le contenu suit :

 

ENSEIGNANTS ECOLE PRIMAIRE LAGILO

MAKUTANO – B.P. 186

KONGOLO.

 

DOLEANCES

Citoyen Commissaire du Peuple,

            Nous avons l’honneur de vous exposer aujourd’hui nos principales difficultés du moment en votre qualité de porte-parole du peuple auprès du Guide de notre révolution, MOBUTU SESE SEKO.

Citoyen Commissaire du Peuple,

            Nous ne pouvons pas commencer nos doléances sans vous avoir d’abord remercié de votre visite chez-nous. Votre présence parmi nous est un encouragement sûr. Car plusieurs de nos autorités ne passent plus leur nuit à Makutano à cause de l’insécurité qui règne dans la collectivité de Mambwe. Voilà donc la principale, sinon la seule difficulté que nous avons à vous présenter. Nous citons le MANQUE DE SECURITE.

            En effet, les REBELLES vivant dans les forêts du sud-Maniema, descendent comme vous le savez déjà, de temps en temps chez-nous pour piller ce qui leur manque en brousse. Ils ont causé des dégâts non moins négligeables et lourds de conséquences ;

            Les propriétaires des maisons ou des biens incendiés ou emportés sont totalement démoralisés. Ceux qui ont perdu un membre de famille n’ont plus le goût de vivre. Nous nous demandons si le Comité National des Œuvres Maman MOBUTU ne pouvait pas leur venir en aide.

            L’avenir des jeunes zaïroises et zaïrois est sérieusement compromis. Nous avons cotisé de 50 à 500 K pour la construction du bâtiment qui doit abriter le cycle d’orientation. Ces travaux sont interrompus par suite des événements. La population qui y travaille est non seulement découragée mais surtout trop occupée par des travaux que leur imposent les militaires et parfois les administratifs locaux. Dans des pareilles conditions, l’Etat ne peut-il pas nous donner un coup de mains ? La population a déjà fait preuve de compter d’abord sur elle-même. Comme ceux qui sont nommés « Préfet » ne veulent pas venir travailler à cause de l’insécurité, pourquoi ne pas nommer quelqu’un travaillant déjà sur place qui s’est sacrifié ?

            Citoyen Commissaire du peuple,

            Vous n’ignorez pas que la grande majorité de la population est paysanne et que sa principale source de revenu est le champ. Suite à d’innombrables corvées, les gens ne disposent que de très peu de temps pour travailler dans leurs champs.  Nous nous demandons où est-ce que les parents trouveront l’argent nécessaire pour payer le minerval des trois ou quatre enfants encore sur les bancs de l’école. Car la récolte sera maigre et peut être nulle. Ils ne pourront donc pas vendre une partie car elle sera insuffisante pour nourrir leurs propres familles respectives. A l’école primaire les écoliers paient le minerval et il manque des manuels, des bancs, pupitres, le toit suinte quand il pleut, ils sont couverts de poussière quand il vante, bref ils étudient dans des conditions franchement lamentables. Pourquoi ne pas laisser cette somme sur place pour couvrir tous ces besoins ? Toute la somme est récoltée par le Gouvernement alors que l’école manque le matériel didactique et sa situation générale déplorable

            Nous ne comprenons plus, Citoyen Commissaire du Peuple, le rôle de nos Forces Armées. D’après le dire de certains soldats, nous pouvons dire que les militaires blaguent avec l’ennemi. C’est-à-dire :

            Ils voient les rebelles ou les entendent parler quand ils patrouillent et les laissent partir. Ils se contentent de s’injurier (soldats et rebelles) ;

            Il existe un endroit où les soldats et les mulélistes  boivent dans un même ruisseau et creusent du manioc dans un même champ sans s’entre-attaquer.

            En plus quelques-uns d’entre eux disent que « cette opération ne finira jamais aussi longtemps que MOBUTU ne cédera pas sa place à un des fils de LUMUMBA » -fin de citation.

            Toutes les deux fois que les rebelles nous sont arrivés, les soldats arrivaient avec un petit retard. Ils refusaient de les poursuivre sous prétexte qu’ils n’avaient pas l’ordre de poursuivre ou qu’ils n’avaient pas de munitions. Un soldat en opération sans munition, où est le sérieux !

            Pour camoufler leurs actes coupables, ils veulent détourner l’attention en accusant la popuation d’être complices des rebelles. En fait qui sont les vrais complices des mulélistes ?

Franchement la confiance que nous avons en eux diminue nettement. C’est pourquoi la population applaudirait si on leur offrait quelques armes pour renforcer notre défense. Découragés certains quittent la collectivité pour aller s’installer là où la sécurité de leurs biens et de leur personne sera assurée.

            Ceci diminue sensiblement le nombre de l’effectif scolaire.

            Nous sommes totalement privés des soins médicaux. Le dispensaire que nous avions appartenait à une association des religieuses. Comme elles étaient libres d’agir elles l’ont fermé pour partir et rester ailleurs au lieu de vivre dans un milieu sans sécurité.

            Nous ne pouvons cependant pas passer sous silence la cupidité des infirmiers de l’Etat et leur inconscience. Ils veulent être corrompus avant de donner des médicaments efficaces.

            Citoyen Commissaire du Peuple,

            Les enseignants sont oubliés en ce qui concerne les titres honorifiques, sont-ils tous inciviques ? Dans tous les cadres on reçoit des médailles de mérite civique, sauf dans l’enseignement.

            Voilà donc Citoyen Commissaire du Peuple, les quelques difficultés que nous avions à vous présenter. Nous espérons que par votre intermédiaire en tant que frère notre voix ne restera pas sans échos. Nous vous souhaitons et à travers votre personne tout le CONSEIL LEGISLATIF NATIONAL, un travail fructueux.

            Vive le Mouvement Populaire de la Révolution

            Vive la République du Zaïre

            Vive le Président de la République

            Et vive le Conseil Législatif National.

 

                                                           Fait à Makutano, ce 19 janvier 1976.

 

COMPEUPLE : Franchement, j’étais moi-même d’avis que c’est de la part des enseignants que j’aurai plus de renseignements possibles.

Ce document me servira de base pour la bataille de Mambwe. Le Conseil Législatif qui m’a envoyé sera tenu au courant ainsi que des instances concernées. J’ai profité après mes études pour servir la zone dont je suis originaire. J’ai des assises très convenables à Kinshasa qui peuvent me comprendre. Je suis ici, je vous demande de me donner les suggestions sans rien me cacher. Vous êtes libres pour tout me dire. Partout, j’ai travaillé avec mon secrétaire qui, en aucun cas, ne peut divulguer ce que vous pouvez me dire. Je vais commencer par le problème de votre établissement que vous construisez par le concours des parents ou la collectivité. Nous avons même fait de réunions à Kinshasa pour ce même problème. On m’a demandé de venir voir, connaître ce qui vous reste encore pour achever ce bâtiment car nous sommes décidés de nous entraider ceux de Kinshasa, de Kongolo, Lubumbashi et ici pour construire nous-mêmes notre zone. Les jeunes à Kinshasa sont prêts à venir ici pour donner un coup de main. L’exemple c’est Bandundu où les fils de la région ont construit eux-mêmes. La zone de Kongolo nous n’y avons pas encore pensé. J’ai visité Lubunda, tout est presque perdu. Makutano aussi, si nous ne faisons pas ce que nous devons faire, nous risquons de le perdre.

KAHOZI KISIMBA : Comme vous avez mis en tête le problème C.O. on a mis en place un comité qui était composé par les enseignants pour récolter l’argent. Ce comité ne fonctionne pas, suite aux travaux imposés par les autorités locales. Notre plan de travail fut perturbé. Ils ont profité tout ce qu’on demandait à la population pour couvrir leur propre maison. D’autres qui nous avaient aidés, étaient dérangés par le problème d’impôts. Puis les militaires profitent aussi, de partir avec nos hommes pour aller construire leur bivouac.L’argent que certains ont versé chez les autorités locales n’a pas été remis au comité. Les planches qu’on a amenés ici par le chef, il a exigé qu’on lui paye. D’autres planches qu’il devrait nous donner sont bloquées chez-lui, il exige jusqu’à ce que nous payions 30 Zaïres. Le système de préfet qui supervise l’école à 100 km qui vient seulement chercher l’argent de minerval ne nous intéresse pas.

Ce qui manque pour le C.O. les planches pour la toiture, le mobilier, bancs, portes et fenêtres ainsi de suite.

MUHIYA SANGWA : C’était pendant les vacances, le chef disait devant NDOUA que la toiture sera terminée au mois d’octobre dans 15 jours. Ca ne va pas !

MANGILI : Le problème de C.O. les gens qui volent chez-nous, on les amène à la collectivité, ils sont relâchés, on a volé les fûts et les cahiers. 

MUHIYA S. : Il n’y a pas moyen de mettre un préfet directement ici à Makutano. Dans les années passées à cause de troubles on nous a enlevé la 2è C.O., aujourd’hui l’école dépend encore de Mbulula.

COMPEUPLE : L’école fonctionne dans le bâtiment des prêtres ?

DIRECTEUR : Dans le temps les prêtres refusaient.

COMPEUPLE : Dans la zone ici il y a possibilité d’acheter les planches ici ?

DIRECTEUR : Oui.

COMPEUPLE : A combien estimez-vous le coût car on exige la liquidité, la monnaie, le coût de travail restant.

DIRECTEUR : Au moins 1.500 Zaïres car l’équipement coûte cher, très cher pour le moment.

COMPEUPLE : Combien est-ce qu’on peut donner sans luxe ?

DIRECTEUR : Sans luxe c’est le montant que nous vous donnons.

MUSEMA KWELI MUSUYU (Secrétaire enseignant) : D’après le travail, nous devons être en bonne forme devant les enfants. Nous devons aussi vigiler, toute la nuit de 22h à 24h, deux enseignants et de 0 h à 3 h deux, 3 h à 6 h, deux enseignants.

Heureusement que Kabalo est arrivé, il a organisé, conçu une idée, maintenant nous ne faisons pas la vigilence. Nous venons d’apprendre que Kabalo est appelé de rentrer à Kongolo. Qui va continuer ses idées ? Nous vous demandons que Kabalo reste ici, sans lui le village de Makutano restera désert.

 

COMPEUPLE : Le problème SIMUKO est minime, je serai à Kongolo et le problème sera vite arrangé.

KAHOZI NGELEA  (Directeur) : Il y a le problème de minervel, nous en tant que dirigeants d’école, nous avons de peines. L’Etat exige le minerval et nous recommande de ne pas chasser les élèves. Quand on ne chasse pas les parents ne paient pas, mais quand on chasse, ils viennent payer. Les frais de fonctionnement l’Etat ne les donne pas. L’argent du minerval est versé au comptable de la zone. Est-ce que l’Etat ne préconise pas un autre système ? Moi j’avais une dette de 1.100 Zaïres que je devais payer pour les bâtiments que nous avons construits. A Kalemie on a versé cet argent mais, ils ne veulent pas envoyer cet argent ici. J’ai appris que la première tranche était de 400 Zaïres.

COMPEUPLE : Les fruits de travail des enfants, vous les versez aussi ?

DIRECTEUR : Non, nous utilisons ici, sous le contrôle de l’inspecteur pour nos cas de besoins.

COMPEUPLE : Où est-ce qu’il faut aller se plaindre ?

DIRECTEUR : L’ancien inspecteur nous a dit qu’il faut tout d’abord écrire à Kalemie. J’ai écris on ne m’a pas accordé cet argent. Nous construisons, il faut payer nous-mêmes les maçons et ceux qui couvrent le toit. Mais l’argent n’est pas suffisant pour  couvrir nos besoins.

KAHOZI KIS. : Ave les infiltrations de rebelles, il y a les enseignants dont leurs maisons étaient brûlées, mais les autorités de la zone n’ont rien fait. Le Commissaire de zone NDOUA nous a promis qu’il écrira pour demander quelque chose mais, depuis, nous attendons. Nous ne savons même pas s’il a écrit. Depuis qu’on nous a demandé de faire la liste des objets que nous avons perdus dont le contenu suit!

 

ECOLE PRIMAIRE LAGILO

CODE 2/12/623                                          Makutano, le 20 janvier 1976.    

MAKUTANO

 

Objet : Objets brûlés dans les maisons

             Des enseignants lors de l’invasion

            De Mulele.

                                                           Citoyen Commissaire du Peuple,

 

                                                           Voici grosso modo, les objets brûlés dans les maisons incendiées par les mulélistes lors de l’invasion de septembre 1974 et octobre 1975 :

 

LUMEZA LUMBU Matr. 7/137 087 Z.

            1 mobylette Peugeot, 1 vélo, 1 radio, 1 réveil, 2 machines à coudre, 1 machine à écrire, 65 Zaïres, 20 tôles de 3 m, tous les habits et mobiliers de la maison ;

MUHIYA SANGWA Matr. 7/137 098 T.

            2 malles, 255 bandes pour enregistreur, 35 Zaïres, 7 radios pour réparation, habits et mobiliers.

KAHOZI NGELEYA Matr. 7/137 0164 N

            3 lits en fer, 2 vélos, 5 valises, 2 machines à coudre, tous les ustensiles de cuisine, tous les habits et mobiliers.

KASENZI MWALU Matr. 7/137 094 N

            2 lits en fer, 2 lits en bois, matelas, 4 couvertures, 2 valises, 1 vélo, 2 machines à coudre, 1 poste de radio, tous les habits, paires de souliers, la vaiselle, mobiliers.

MWANGE MUHOFU Matr. 6/203 331 K.

            2 valises avec habits, 4 lits, 1 matelas, casseroles, vaisselles, 2 tables.

MBAYO YA HENGA Matr. 7/137 090 E.

            2 malles, 100 Zaïres, machine à coudre, (lits, 3 armoires, 1 radio, 1 vélo, fusils de chasse, tous les habits, mobilier.

 

            Veuillez agréer, Citoyen Commissaire du Peuple, l’expression de nos sentiments très distingués.

 

                                                           Sé/Les Enseignants de Makutano.

 

COMPEUPLE : Ce n’est pas facile de trouver de l’aide sans l’appui de quelqu’un,  je sais que vous devez avoir ce quelqu’un. Vous pouvez me donner ces listes, mais n’exagérez rien. J’étais en contact avec les militaires, j’ai eu des plaintes de la part de la population au sujet des femmes, poules, chèvres enlevées.  J’ai parlé à ces gens en leur demandant de cesser leurs agissements. La population est très passive malgré son sens très révolutionnaire. Les militaires qui le font, agissent contre leurs réglements. Soyez vigilents, sinon vous allez rester pauvres à cause de votre passivité.

Ils m’ont dit que la population aussi trompe, on m’a parlé de famine, étudiez maintenant les moyens convenables pour vivre avec nos militaires qui nous protègent, organisez un marché.

KAHOZI KIS. : Dans le cadre de la vigilence, les enfants ont dénoncé la présence d’une muléliste. Le Citoyen KATOMBE qui a pris la peine d’aller rapporter cette information s’est vu infliger une amende de 10 Zaïres.

COMPEUPLE : De tels actes doivent être portés à la connaissance de leurs supérieurs.

ENSEIGNANTS : Le chef et d’autres savent très bien ce qu’ils font pour nous. La population et nous-mêmes nous sommes entre l’enclume et le marteau. Quand vous faites de force on vous traite de rebelle. A Kibumbu, Ndeba et son fils ont eu ce malheur.

COMPEUPLE : Les militaires donnent parfois les informations contradictoires, soyez vigilents seulement. Ce que je remarque c’est que vous n’êtes pas bien protégés. Les administrateurs gouvernent suivant les réactions des gouvernés. Soyez vigilents, réagissez d’une façon organisée et intellectuelle ils vont vite désarmer.

DIRECTEUR : Les enseignants réclament aussi le maintien du Dirigeant SIMUKO SIMUGANZA dans la collectivité de Mambwe et ont adressé la lettre de demande de prolongation de son mandat dont ci-dessous le contenu :

 

ECOLE PRIMAIRE LAGILO                      Makutano, le 19 janvier 1976

MAKUTANO –B.P. 186

KONGOLO.                                                  N° 221361/KNY/DA/76

 

Objet : Demande de prolongation                       Au Citoyen Commissaire de Zone

            du mandat du citoyen                        de et à KONGOLO.-

            SIMUKO BEYA SIMUGANZA.       – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – –

                                                                       Transmis copie pour information aux:

                                                                       – Citoyen SIMUKO BEYA SIMUGANZA

                                                                          Dirigeant de la JMPR Cité de

                                                                          Kongolo en mission à MAKUTANO.

 

                                                                       – Citoyen Chef de Collectivité, a.i.

                                                                         à MAKUTANO.

 

                                                                       Citoyen Commissaire de Zone,

 

                                                                       Nous avons l’honneur de vous écrire pour vous exprimer notre profond regret d’apprendre que le citoyen mieux cité en vedette est urgemment rappelé à son poste d’affectation.

                                                                       Loin de nous l’égoïsme ou le tribalisme, nous voulons dire que le système de vigilence instauré par le Citoyen SIMUKO satisfait en général tous ceux qui vivent à l’intérieur de la collectivité de Mambwe. Nous vous supplions donc, Citoyen Commissaire de Zone, de bien vouloir prolonger son mandat, ne fût-ce que pour lui seul. Ceci pour lui permettre de former une Brigade sur place capable d’assurer la sécurité dela collectivité en danger.

                                                                       Veuillez agréer, Citoyen Commissaire de Zone, l’expression de notre profonde gratitude.

 

                                                           Sé/Les Enseignants de l’Ecole Primaire

                                                           LAGILO/MAKUTANO

 

           

                 La journée du 20 janvier 1976 commença par notre visite aux élèves du C.O. et de 6ème année primaire en l’intention desquels nous avons tenue notre conférence dont le thème était l’historique de la J.M.P.R.

Enfin, nous tînmes une séance de travail avec les autorités de la collectivité avant de quitter Makutano.

 

c)     MA CONFERENCE EN L’INTENTION DES ELEVES

ACCUEIL A L’ECOLE LAGILO.

– Animation par les élèves, salut au drapeau.

– Présentation du Commissaire du Peuple aux élèves.

 

COMPEUPLE : Mes chers frères, vous m’avez beaucoup attendu hier mais la population de Zola nous avait retenue. Cest ainsi que j’ai décidé de vous voir aujourd’hui avant de quitter. Je suis très content de constater que vous êtes au courant de tous les slogans du Parti. Le Président de la République a élaboré un programme que nous devons suivre, nous devons donc dénoncer tous ceux qui seront contre la bonne réalisation de ce programme. Ici à Mambwe la vigilence s’avère très importante afin de dénoncer les rebelles et les personnes qui leur accordent l’hospitalité. Nous devons travailler en collaboration avec les militaires pour que nous soyons à même de chasser les rebelles au-delà de Rossa.

Nous pourrons ainsi récouvrir la paix et l’école va reprendre, le dispensaire ne sera pas déplacé, c’est pourquoi je vous demande d’être très vigilents et dénoncer sans pitié les rebelles et les anti-révolutionnaires. Aidez les militaires qui, à leur tour, ont le devoir de vous protéger vous mêmes et vos biens.

                     Une note dont les termes suivent avait été lue par un élève à mon intention avant ma prise de parole pour la conférence :

 

Collectivité de Mambwe                                        Makutano, le 20 janvier 1976.

C.O. DE MAKUTANO.

 

Bienvenue Citoyen Commissaire du Peuple,

            Citoyen Commissaire du Peuple, votre visite nous cause une allégresse sans égale et nous sommes inondés de joie car vous avez consacré votre personnalité au service du bonheur de la collectivité de Bena-Mambwe. Nous ventons vos exploits pour service pour avoir foulé certaines localités qui jamais n’ont été saluées par une autorité comme vous.

            Mais malgré les oui-dire dénudés de toute logique, et sans fondement, vous vous êtes sacrifié à séjourner parmi nous et à mitiger notre peine.

            Citoyen Commissaire du Peuple, nous saisissons cette occasion pour vous décrire brièvement l’ambience dans laquelle nous vivons.

            Depuis le début cette collectivité  n’a pas croupi dans ce malheur sans nom que vous êtes sans ignorer. Que se passe-t-il ? Citoyen Commissaire du Peuple, tout juste au moment où le progrès battait son plein, les anti-révolutionnaires du Mouvement Populaire de la Révolution (M.P.R.) fondé par notre Guide, sont venus bousculer l’ordre et la paix établis dans cette collectivité. Ce bouleversement s’illustre avant tout par le départ de l’infirmière (Jeanne), des abbés, des sœurs et par certaines maisons inhabitées.

            Citoyen Commissaire du Peuple,

            Malgré ces événements, les écoles de cette collectivité continuent à ouvrir leurs portes avec une mensuétude mirobolante grâce au courage et à l’esprit judicieux de nos enseignants.

            Et cette marche vers l’avant s’avère inaccessible même si nous étudions dans des conditions misérables. Quelles sont ces mauvaises conditions ? Nous manquons le bâtiment, car, le nôtre demeure inachevé suite aux désordres semés par lesdits rebelles.

            Par le fait même nous sommes hébergés  chez les sœurs. En second lieu, nous ne disposons ni de manuels ni de mobilier scolaire, car notre institut n’est pas encore autonome et il est dévié comme un ballon sur le terrain. Les préfets nommés n’admettent pas d’y rester sous prétexte qu’ils seront arrachés de force par lesdits rebelles.

            C’est la raison pour laquelle Citoyen Commissaire du Peuple, nous recourons auprès de votre haute personnalité afin que vous puissiez modérer notre douleur et que vous digériez  notre affront.

            Citoyen Commissaire du Peuple, il ne serait pas du tout déplacé de désigner à la tête de cette collectivité un chef éveillé comme notre dirigeant actuel qui depuis son arrivée a changé la figure de cette collectivité. Si l’insécurité règne en maître d’où viendraient les professeurs ? Etant donné que ce C.O. est dépourvu de préfet dévoué de nous chercher d’autres professeurs et de contribuer au bon fonctionnement de l’école avec la contribution des élèves. Suite au manque de préfet et au changement intervenu la somme versée par les élèves n’a servi en grande partie à rien, car une grande partie est  présentement bloquée à Kongolo par le préfet du C.O. de Kongolo de qui dépendait ce C.O. de Makutano.

            En terminant voilà Citoyen Commissaire du Peuple, ce qui était du ressort de notre esprit.

            Nous plaçons en vous notre confiance et nous estimons que notre cri amer a été fort pour nous faire entendre.

            Veuillez agréer, Citoyen Commissaire du peuple, nos salutations et nos remerciements révolutionnaires.

 

                                                                       Sé/C.O. MAKUTANO

                                               Professeurs : MANGILI KATUMBA, responsable C.O

                                                           et  MBAYO MWAMBA.

 

COMPEUPLE : Je viens de suivre votre discours avec des sentiments très profonds, ce n’est pas pour rien que j’ai visité des écoles, des localités et de bâtiments en construction. Ce que vous venez de me dire n’est que le soutien de ce que vos enseignants et d’autres m’ont déjà dit.

 

d) MA SEANCE D’EVALUATION AVEC LES AUTORITES DE LA COLLECTIVITE.

CHEF DE COLL. : En ce qui concerne le truquage des balances par les agents réceptionnaires des produits agricoles, cela est fondé. Il y a même des commerçants qui viennent chercher le maïs sans laisser l’argent aux bénéficiaires. Le cas de MUTOMBO qui est venu prendre le maïs sans l’argent.

CAPITAINE : J’affirme aussi pour ma part que si SIMUKO partait d’ici, je partirai aussi moi-même. J’enverrai un message phonie au colonel à ce sujet.

DIRIGEANT ZONE : Moi aussi, j’ai parlé du problème au Commissaire du Peuple mais en termes politiques « la voix du peuple c’est la voix de Dieu ».

CHEF DE COLL. : Notre zone a une défaillance, j’ai déjà écrit au sujet de l’appréciation du citoyen KABALO, mais ils ne font rien depuis lors.

 

KABALO : (DIRIGEANT). C’est faux tout cela. Il est impossible que mes chefs me demandent de regagner mon poste sans raison valable. Le chef ici présent a raconté pas mal de choses en ce qui concerne mes hommes et moi-même, c’est pour cela que mes chefs se fâchent.

COMPEUPLE : Le problème est là, trouvons ou cherchons maintenant des solutions, et nos solutions doivent être basées sur l’intérêt national. Comme pour le cas d’espèce l’intérêt national exige la présence de SIMUKO, ce dernier doit rester ici. Mettons donc à côté le problème de la concurrence de la fonction du chef.

SWANA  (Capitaine) : Je suis Lieutenant depuis 1960 mais je ne suis capitaine qu’en 1970. Je suis pourtant détenteur de plusieurs brévets délivrés avec grand-fruit pour ma formation. Je suis en opération depuis 1960 au Sud-Kivu et au Nord-Shaba depuis 1964 jusqu’à ce jour, je suis toujours au front. Je suis vraiment malchanceux car il y a même parmi mes collègues ceux qui sont passés généraux.

COMPEUPLE : Citoyen Directeur, citoyens enseignants, je suis très content et je partirai avec l’impression qu’à Makutano, vous êtes pour la cause de la révolution. Je suis comme je vous l’ai dit hier, parmi les 10 parlementaires qui composent la sous-commission chargée de la jeunesse.

            J’abordais les problèmes posés par la population et notamment celui de l’extorsion des chèvres, poules et canards en mettant l’accent sur la cessation rapide qui devrait intervenir.

DIRIGEANT : Le chef a menti car lorsque nous étions à Zola il a ordonné qu’on attrape 6 chèvres, mais deux chèvres seulement ont été attrapées. Les chefs de localité de Kibuti I, Kasenzi et Kalimba ont tous apporté une chèvre chacun. Ces chèvres ne sont nullement pas destinées aux cérémonies traditionnelles d’adoration de fétiches, elles avaient été amenées pour préparer l’arrivée du Commissaire du Peuple.

CHEF DE COLL. : Comme je vous l’ai dit, la population ici ment trop. Le citoyen LUFUNGULA par exemple avait été arrêté à cause d’une femme.

COMPEUPLE : Se trouve-il toujours là-bas ?

DIRIGEANT : Il y a beaucoup des femmes des militaires qui vivent avec leurs maris là-bas même. D’ailleurs même aujourd’hui il y a eu un autre groupe des femmes des militaires qui sont venues de Kongolo.

CAPITAINE : Un beau jour je suis allé au bivouac sans m’être annoncé, je n’ai trouvé aucun prisonnier. Arrivé à Kashiza, la population m’a offert une chèvre pour laquelle elle m’a ensuite accusé à Lengwe, le sergent MUMBA peut confirmer la chose.

DIRIGEANT : Moi aussi ils sont allés m’accuser chez le capitaine soi-disant que je les faisais passer la nuit à la belle étoile.

Si je devais tenir compte de tout ce qu’on raconte à propos des patrouilles, j’enverrai déjà beaucoup de gens à Lengwe.

CHEF DE COLL. : Le seul malheur qu’il y a ici c’est le mensonge, les gens ne font que s’entre-accuser faussement. La population de cette collectivité compte près de 16.000 habitants, mais il n’y a que 800 personnes qui payent l’impôt.

 

COMPEUPLE : J’ai déjà été informé plusieurs fois à ce sujet mais il paraît que vous réclamez une chèvre dans chaque localité à l’aller comme au retour ?

CHEF DE COLL. : C’est le même problème qui est à la base du départ du citoyen KITEBA. Il est vrai que j’ai écrit pour demander à la population de donner des chèvres aux militaires, au minimum une chèvre par localité. J’ai aussi demandé à la population d’organiser le marché, mais rien n’est fait.

CAPITAINE : J’ai été informé par télégramme selon lequel le chef de collectivité doit ravitailler les militaires en vivres. Mais le chef m’ordonna de passer dans chaque localité avec mes militaires pour attraper des chèvres, j’ai refusé.

COMPEUPLE : D’autre part, à l’arrivée de chaque autorité, vous demandez à chaque localité d’offrir une chèvre, mais quand cette autorité arrive elle n’en mange peut-être même pas et vous (Chef de collectivité) vous gardez toutes ces chèvres.

DIRIGEANT : ça c’est très faux, car s’il en était ainsi j’aurai moi-même informé les autorités. Cette information, Citoyen Commissaire du Peuple, est très fausse, n’y croyez pas.

COMPEUPLE : Pourquoi refusez-vous les planches aux enseignants ?

CHEF DE COLL. : Les enseignants se sont arrangés pour donner à mademoiselle les 200 planches que nous avons eues et puis je n’ai pas pris des planches à la mission, la collectivité a contribué pour 30 Zaïres.

DIRIGEANT : En ce qui concerne les planches, je me rappelle avoir demandé au chef de consentir à ce que nous aidions les enseignants avec quelques 12 planches que nous pourrions prendre en prêt chez les pères en attendant que les nôtres soient prêtes pour leur rembourser. En plus la collectivité a remis au citoyen AUNGE la somme de 30 Zaïres représentant sa contribution.

CHEF DE COLL. : Les 12 planches remises aux enseignants ne venaient pas de chez les pères mais elles étaient achetées par la caisse de collectivité chez le citoyen KITOKO. Nous avons encore d’autres planches déjà préparées en vue d’aider les enseignants.

DIRIGEANT DE ZONE : Je vous informe que le dirigeant SIMUKO est venu ici dans le cadre de la vigilence avec 4 brigadiers. Lors de notre  tournée avec le dirigeant S/Régional, j’ai demandé au chef de collectivité en ce qui concerne les activités de SIMUKO et de ses brigadiers.

Le chef m’a répondu que les brigadiers de KABALO ne travaillaient pas bien à l’exception de KABALO. Il a même demandé que ces brigadiers soient renvoyés d’où ils sont venus. Quand KABALO apprit que nous prenons nos dispositions pour lui enlever ses quatre brigadiers, il s’est découragé. Cependant, compte tenu du rapport du chef qui déplore le travail de ces brigadiers et étant donné qu’ils avaient déjà l’ordre de regagner Kongolo, leur mandat est terminé.

CHEF DE COLL. : J’ai trop parlé pour démontrer que KABALO travaillait bien dans cette collectivité. J’ai même dit dans un de mes rapports à son sujet, qu’il valait à lui seul 800 personnes. Que dois-je encore faire pour montrer que ce citoyen travaille bien ?

 

COMPEUPLE : Partout où je suis passé, les militaires comme les civils réclament le maintien ici de KABALO, les enseignants ont confirmé la chose en précisant que KABALO a réinstauré la paix qui vous manquait tant, dans ce cas, le chef doit préparer une lettre dans laquelle il précisera que ces éléments sont encore nécessaires ici, et ils seront maintenus.

CAPITAINE : Il faut  aussi que la popuation cesse d’user les mensonges. C’est ce qui sème  trop de désordres dans la collectivité de Mambwe.

LULUA MWANA MWAMBA : (Secrétaire MPR). Nous avons déjà parlé de beaucoup de choses et nous sommes appelés à travailler en collaboration si nous voulons arriver à quelque chose. Pour bien dire, je suis ici il n’y a pas encore longtemps. Les rebelles venaient aussi régulièrement car il n’y avait pas de vigilence, pourquoi ?

Parce que la population avait peur. Après KABALO est arrivé et a tenu une causerie morale et la population est éveillée et fait de patrouilles lui permettant de signaler la présence des rebelles. Les militaires travaillent aussi mais le dirigeant a insisté sur le fait que la population de Mambwe ne s’aime pas.

DIRIGEANT (KABALO): En ce qui concerne le problème des chèvres, le chef s’est arrangé avec Lulua pour qu’on apporte deux chèvres selon la coutume, qui devaient être préparées pour demander le concours de nos ancêtres. Les chefs de localité ont amené 2 chèvres + 5 poules et même que les ancêtres en songe m’ont dit que le tremblement dans les montagnes signifiait la guerre à laquelle ils sont engagés pour nous venir en aide. La preuve en est que nous avons attrapé un rebelle.  Il reste jusqu’à présent en ce qui concerne les fétiches une chèvre et une poule blanche. Il faut d’abord s’occuper de nos ancêtres et les soldats après. I l faut que nous soyons à même de semer les désordres dans les rangs de rebelles, qu’ils ne s’entendent plus, nos militaires doivent les surprendre dans cet état de mésentente. Nos fétiches nous disent tout et si nous ne voulons pas les respecter, nous serons châtiés

CHEF DE COLL. : Les gens m’accusent que je cherche de médicaments pour tuer KABALO or que c’est ce dernier qui m’a remis une quantité de poudre pour ma protection.

DIRIGEANT  (KABALO) : Ce n’est pas moi qui lui ai donné cette poudre mais une citoyenne BAHATI, moi j’ai refusé de recevoir cette poudre parce que je sais que les fétiches faits par les femmes n’ont pas de pouvoir.

MAZOMENA KABIYA AUNGE : Moi je n’ai pas pris de planches à la mission.

COMPEUPLE : Ce que je vous demande encore une fois de plus, c’est la collaboration entre vous qui dirigez.

CHEF DE COLL. : Je suis freiné parce qu’on exige d’engager les natifs de Mambwe c’est pourquoi d’ailleurs les brigadiers venus de Kongolo sont mal vus.

DIRIGEANT  (KABALO) : Nos brigadiers sont mal vus à cause de notre vigilence. Nous découvrons beaucoup de choses ici. Nous n’avons pas besoin de faire du tribalisme.

LULUA : Si on tient compte de ce que vient de dire le dirigeant, il s’agit des gens d’ici qu’il ne faut pas former parce qu’ils entretiennent des relations avec les rebelles, un jour ils vont se retourner contre. D’ailleurs plusieurs d’entre eux font de patrouilles à contre-cœur. C’est pour cela que nous voulons que ces brigadiers venus de Kongolo soient aussi maintenus

DIRIGEANT : Tout cela est arrangé depuis hier après que j’ai tenu une causerie morale. Mais si le chef ne veut pas qu’ils travaillent ici, ils vont tous rentrer à Kongolo.

(Lettre de chef de collectivité Mambwe adressée au colonel à Lengwe le 6 décembre 1975 n° 5073/81/CL/MBWE/75 Plan de la collectivité donné par un rebelle et les procès-verbaux : KANYANE SHINDANO, MUGANZA MUPE, KASENGELE et KAHOYO).

 

e)    DES LETTRES ME REMISES.

                        Après la séance d’évaluaton des lettres dont le contenu suit m’avaient aussi été remises :

 

                                                                       Makutano, le 20 janvier 1976.

Au Citoyen Commissaire du Peuple,

 

CONCERNE : REGRETS ET PLAINTES DES POLICIERS.

            a) Nous regrettons vivement à cause des rebelles qui attaquent notre collectivité alors que nous n’avons pas de fusils. Nous demandons qu’on nous donne de fusils afin que nous puissions travailler avec les militaires la main dans la main pour mettre en fuite ces rebelles qui gênent la paix dans notre collectivité.

          b) En ce qui concerne les salaires des policiers, il y a deux ans que nous ne sommes pas payés sauf les commis de bureau. Mais le nouveau chef TAMBWE MULUMBA vient d’engagr d’autres nouvelles unités de policiers. Avec quoi seront-ils payés alors que nous les anciens nous ne sommes pas encore payés. Nous achetons nous-mêmes notre uniforme et même les souliers.

            Le chef réclamait une chèvre à chaque nouvelle recrue avant de faire partie de notre effectif, cela est-il normal ?

            C’est tout ce  que nous avions à vous exposer.

                                                                           Sé/Brigadier en chef

                                                                                  MBAYO LUFUNJA.

 

 

Citoyen Commissaire du Peuple,

C’est avec regret que je viens respectueusement auprès de votre autorité vous étaler combien est le comportement du Citoyen chef de collectivité intérimaire Mambwe.

            En effet, ce même chef intérimaire aurait écrit une lettre chez le commandant de bataillon pour le retrait des militaires qui prenaient position à la Mission Makutano sans aucun motif valable. Et quand nous sommes en train de coucher ces lignes, ces militaires ont déjà évacué les lieux et que la population pleure de leur départ.

Nous nous demandons qu’elles sont  les idées de ce chef intérimaire. Veut-il construire ou détruire ? Ce même chef aurait fait une lettre clandestine pour évacuer les brigadiers/zone venus pour la vigilence dans cette partie de la zone de Kongolo. Alors c’est construire dans la collectivité de Mambwe ?

 

                                                                       Sé/MWAMBA KITENGE

                                                                       BRIGADE/ZONE en mission de

                                                                       vigilence.

 

 

                                                                Mbonga, le 20 janvier 1976.

 

Honorable et Respecté,

               Nous vous remercions vivement pour votre arrivée dans notre collectivité. Je vous donne ici un petit aperçu de notre situation au Mambwe depuis 1974 jusqu’à ce jour.

             Les militaires violent nos femmes ainsi que nos jeunes filles. Ils volent nos chèvres, nos canards et poules et vous êtes battu à mort quand vous voulez protester contre ces actes. Maintenant nous ne savons plus que faire ? Les rebelles nous attaquent et continuent à piller nos villages, les militaires qui sont venus pour notre protection se livrent à autre chose, attraper arbitrairement nos biens etc. Grâce aux patrouilles sous la conduite du Dirigeant SIMUKO, nous avons fini par attraper un rebelle en date du 22 novembre 1975. Nous n’avons pas un chef digne de ce nom et demandons à ce que le citoyen KABALO ne soit plus rappelé à Kongolo, au besoin qu’il remplace l’actuel chef de collectivité intérimaire.

               Nous demandons que les militaires s’occupent de maïtriser les rebelles pour que la paix soit réinstaurée une bonne fois pour toutes dans notre collectivité. Nous vous prions d’être notre interprète auprès des autorités concernées pour que nous puissions revivre dans la paix comme auparavant.

Nous prions la Divine Providence pour qu’elle vous protège dans votre lourde tâche.

 

                                                           Sé/La voix du S/dirigeant KABIYA

                                                           Chef de localité MBONA PYANA-TAMBWE.

 

 

f)   MA VISITE DES INFRASTRUCTURES DE LA COLLECTIVITE.

ANCIEN BUREAU

               Il y a des planches : 10 pour l’école.

PRISON : 11 prisonniers arrêtés pour diverses infractions ; manque au salongo, ivresse publique, C.P.M. etc.

COMPEUPLE : Comme vous le savez, depuis 1965, notre Président fait tout pour instaurer la paix sur toute l’étendue de la République du Zaïre, cessez de vous battre, voler, ensorceller etc.

 

LA RESIDENCE DE L’ANCIEN CHEF SIMUKO

(Visite faite pour l’honneur de celui qui a contribué très largement à l’intérêt du pays, non seulement, il s’est imposé dans cette collectivité mais il était aussi réputé).

 

NOUVEAU BUREAU DE COLLECTIVITE.

ECOLE MATERNELLE :

3salles avec  3 éducatrices.

RESIDENCE DU CAPITAINE :

Capitaine : L’école est construite grâce aux militaires qui ont obligé la population de contribuer !

DISPENSAIRE FOMETRO :

 INFIRMIER : Le Phenergan est utilisé contre la maladie du sommeil.

Cette maladie ne fait que s’accentuer à cause de l’accroissement des mouches tsé-tsé. Cette maladie provient surtout du côté des Bahombo.

MESSAGES DE SEPARATION :

           En voulant prendre place abord du land rover le message d’adieux suivant auquel j’avais réciproqué m’avait été adressé :

BEYA KAHOZI (Juge). Nous sommes comme orphelins, nous n’avons pas un chef digne. L’actuel chef ne plaît pas (applaudissements). La population me demande de prendre la parole à sa place. La population est en deuil, avant nous avions des militaires mais actuellement nous n’avons que des voleurs ! Ici dans notre collectivité c’est le citoyen TWITE qui assume l’intérim de chef lorsque celui-ci est absent et il ne peut rien faire sans l’avis de la population. C’est la raison pour laquelle nous demandons à ce que le citoyen SIMUKO reste ici. Il n’est pas venu pour discuter la fonction du chef ou sultant. Mais si le chef intérimaire veut faire quelque chose dont la population n’est pas d’accord, il doit cesser, il faut travailler dans la collaboration (applaudissements) pour notre progrès.

COMPEUPLE : Je vous quitte. Je suis content d’avoir passé avec vous trois nuits ici dans votre collectivité sans que je sois enlevé.  Comme vous savez bien que je suis votre bouche, yeux et oreilles, je ferai parvenir vos plaintes à qui de droit. Je ferai parvenir vos désirs de voir maintenu ici le citoyen KABALO, j’en parlerai au Commissaire de Zone. Je demande une collaboration rigoureuse entre militaires, J.M.P.R. le chef et la population, parce que nous traversons les périodes dont la collaboration est très nécessaire, il n’y a que quelques enfants égarés qui avaient voulu la perte de toute une collectivité !

Je ferai tout pour rendre service.  Le problème est donc national. La situation doit être traitée au niveau du pays. Je saurai demander cela depuis Kongolo. Quel est le nombre de brigadiers ? Réponse :(86). Alors si tous ces brigadiers ont eu la même formation, ceux de Kongolo peuvent rentrer.

KABALO : Je travaille bien avec les brigadiers et ils ne sont pas menteurs. Je n’ai pas tellement confiance avec les recrues d’ici, il n’y a que le mensonge qui règne (appuyé activement par le capitaine).

           Il était 16 heures lorsque nous quittâmes Makutano pour débuter notre tournée dans la collectivité de Nyembo.

             Les animateurs, animatrices, et surtout les éléments patrouilleurs  s’étaient placés le long de la route et je les passai en revue en compagnie du chef de collectivité ad intérim, TAMBWE, le capitaine SWANA MULOPWE, le dirigeant de la JMPR/Collectivité Kongolo en mission de vigilence KABALO SIMUKO SIMUGANZA.

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